Baltimore: Des centaines de manifestants dans la rue malgré le couvre-feu

CONTESTATION La police, en tenue antiémeute, a procédé à plusieurs arrestations, notament après des bagarres, alors que des milliers de personnes avaient défilé dans le calme plus tôt...

B.D. avec AFP

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Des manifestants défilent dans les rues de Baltimore, le 2 mai 2015 pour dénoncer les brutalités policières après la mort de Freddie Gray Lancer le diaporama
Des manifestants défilent dans les rues de Baltimore, le 2 mai 2015 pour dénoncer les brutalités policières après la mort de Freddie Gray — JIM WATSON AFP

Plusieurs centaines de manifestants ont bravé samedi soir le couvre-feu instauré à Baltimore où des milliers de personnes avaient défilé pour dénoncer les brutalités policières et demander justice pour Freddie Gray. La police, en tenue antiémeute, a procédé à plusieurs arrestations, notament après des bagarres.

Après le retour au calme, le gouverneur du Maryland a appelé à une journée de «prière et de paix», ce dimanche. «Je prie pour que demain (dimanche) soit un jour de réflexion» sur «la manière dont nous allons tous nous conduire dans les jours et les mois à venir», a dit Larry Hogan dans un communiqué. Quelques heures plus tôt, la police avait annoncé que le couvre-feu, en vigueur de 22h (4h à Paris) à 5h (11h à Paris), était prolongé pour la cinquième nuit consécutive.

«Pas de justice, pas de paix»

«Pas de justice, pas de paix», avaient scandé dans la journée des manifestants au départ d'un petit défilé depuis le lieu où le jeune noir de 25 ans a été arrêté. Le cortège avait ensuite rejoint d'autres protestataires rassemblés devant l'hôtel de ville de Baltimore. «Nous avons tous expérimenté ici la brutalité policière et nous voulons des changements. J'espère que les policiers (poursuivis) iront en prison», a affirmé Phil, un homme noir qui a préféré taire son nom complet.

De 2.000 à 3.000 personnes, pour beaucoup jeunes et noires, loin toutefois des 10.000 annoncées par les organisateurs, s'étaient rassemblées dans une ambiance calme voire festive, certains chantant et dansant. La ville de 620.000 habitants est le théâtre de manifestations quasi quotidiennes depuis la mort du jeune homme le 19 avril. Ces manifestations avaient viré aux émeutes lundi.

«Les jeunes ne sont pas des voyous», pouvait-on lire sur des pancartes brandies par les protestataires, venus notamment à l'appel des avocats de la cause noire, les Black Lawyers for Justice, dont le leader Malik Shabazz est un ancien membre du mouvement extrémiste New Black Panthers. «Ce que je vois m'encourage et m'inspire», a déclaré samedi la maire de Baltimore, Stephanie Rawlings-Blake, à la chaîne de télévision WJZ. «Je pense qu'il y a beaucoup d'espoir pour que dans la paix nous puissions trouver la justice.»

Cautions de 250.000 à 350.000 dollars

Le calme voire la liesse avaient aussi prévalu la veille quand la procureure Marilyn Mosby avait annoncé à la surprise générale des poursuites pénales contre six policiers -trois Blancs et trois Noirs- pour la mort de Freddie Gray. «Bon travail Madame Mosby, mais ne vous arrêtez pas là», s'était écrié à la tribune Malik Shabazz, en réclamant la fin du couvre-feu nocturne ainsi que le retrait de la Garde nationale, appelée en renfort depuis lundi, et qui a mobilisé quelque 3.000 hommes samedi «pour assurer le calme de Baltimore».

Suspendus de leurs fonctions avec salaire depuis le drame, les six policiers ont été interpellés avant d'être relâchés vendredi soir moyennant des cautions allant de 250.000 à 350.000 dollars, selon des documents de justice. Les policiers seront déférés devant un juge le 27 mai. Ces poursuites pour meurtre ou homicide involontaire contre quatre policiers, ont été saluées par la famille de la victime et des habitants du quartier le plus touché par les violences.

L'avocat du syndicat des policiers a en revanche dénoncé une décision précipitée et le président du syndicat Gene Ryan a évoqué, dans une lettre ouverte à la procureure, des «conflits d'intérêt», réclamant un «procureur spécial indépendant». Selon la procureure, les agents «n'ont pu fournir aucune justification» à l'arrestation de Freddie Gray et n'ont pas répondu à ses demandes d'aide médicale. Le président Barack Obama a souhaité que toute la lumière soit faite sur ce décès.