Ukraine: Odessa rend hommage aux 48 prorusses et pro-ukrainiens morts il y a un an

© 2015 AFP

— 

Une femme pleure lors d'une cérémonie, le 2 mai à la mémoire des 48 morts, qui ont péri il y a un an dans un incendie
Une femme pleure lors d'une cérémonie, le 2 mai à la mémoire des 48 morts, qui ont péri il y a un an dans un incendie — GENYA SAVILOV AFP

Odessa, ville russophone du sud de l'Ukraine, rendait samedi hommage aux 48 morts, principalement des prorusses, qui ont péri il y a un an dans un incendie après avoir attaqué et tué des partisans de Kiev.

Plusieurs centaines de personnes ont participé à chacune des deux cérémonies séparées, prorusse et pro-ukrainienne, qui ont débuté à 11H00 GMT sous haute surveillance policière dans ce port emblématique sur les bords de la mer Noire qui contrairement à l'Est a échappé à la rébellion prorusse mais où les tensions restent vives.

«Nous n'oublierons pas, nous nous pardonnerons pas!», «Odessa sans fascisme!», scandaient des manifestants sur la place Koulikové Polé, où 42 militants prorusses sont morts le 2 mai 2014 asphyxiés par l'oxyde de carbone ou en sautant du bâtiment de la Maison des Syndicats qui avait pris feu après les accrochages avec les pro-ukrainiens et jets de cocktails molotov.

La place a été bouclée dès le petit matin par la police et deux détecteurs de métaux installés pour contrôler ceux qui venaient déposer des oeillets rouges devant la Maison des syndicats, a constaté une journaliste de l'AFP.

La police a prévenu que les participants à la cérémonie devaient être munis d'une pièce d'identité «afin d'éviter toute provocation».

Certains manifestants ont bravé l'interdiction des autorités d'Odessa de porter le ruban orange et noir de l'ordre russe Saint-Georges, symbole de la victoire sur les nazis. Ce ruban est utilisé par les rebelles prorusses que Kiev combat depuis plus d'un an dans l'Est, dans ce conflit qui a fait plus de 6.100 morts.

«Cela ne doit jamais plus se répéter. Notre ville a toujours été très tolérante envers les gens de toutes les ethnies et confessions religieuses», souligne Natalia, 50 ans.

Rodion, un retraité de 60 ans accuse de ce drame les Occidentaux qui soutiennent les autorités pro-occidentales de Kiev arrivées au pouvoir après le soulèvement pro-européen du Maïdan à Kiev qui a renversé en février 2014 le régime prorusse.

«Ce sont les Etats-Unis, la France et l'Allemagne qui sont coupables. C'est eux qui ont financé tout ça», s'emporte Rodion qui refuse de donner son nom de famille.

- une enquête au point mort -

Brandissant des drapeaux jaune et bleu ukrainiens, plusieurs centaines de personnes se sont pour leur part réunies sur la place Soborna dans le centre-ville où six manifestants pro-ukrainiens ont été tués par balles par des prorusses portant casques et cagoules, quelques heures avant les accrochages sur Koulikové Polé ayant débouché sur l'incendie tragique.

«Depuis un an, les gens d'Odessa cherchent à se réconcilier après ces évènements tragiques. On va y arriver. Pourvu que +le monde russe+ ne piétine pas nos efforts», dit à l'AFP Mark Gordienko, un militant pro-ukrainien.

Ce port stratégique, théâtre ces derniers temps d'explosions mystérieuses visant les organisations pro-ukrainiennes, est convoité par le président russe Vladimir Poutine, qui l'avait citée il y a un an comme faisant partie du projet de Novorossia (Nouvelle Russie) qu'il aimerait voir reconstituée.

La Russie a réclamé vendredi une enquête «indépendante et impartiale» sur ce crime «barbare» commis, selon Moscou, par des «nationalistes néonazis» ukrainiens.

L'enquête sur le drame d'Odessa intervenu peu après l'annexion par la Russie de la péninsule ukrainienne de la Crimée et en pleine rébellion prorusse dans l'Est est au point mort.

L'un des hauts responsables policiers d'Odessa, Dmytro Foutchedji, inculpé d'«abus de pouvoir et de négligence» s'est enfui quelques jours après le drame.

Le Parquet général d'Ukraine a attendu un an pour annoncer samedi l'inculpation pour «négligence» du chef de la police régionale d'Odessa de l'époque, Petro Loutsiouk.