Procès des attentats de Boston: La défense demande la perpétuité, charge le frère aîné

JUSTICE Dans sa déclaration d'ouverture, lors de la partie finale du procès de Djokhar Tsarnaev, l'avocat David Bruck a jugé que la prison à vie empêcherait d'en faire un martyr...

B.D. avec AFP

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Djokhar Tsarnaev (au centre) lors de son procès à Boston, le 5 mars 2015.
Djokhar Tsarnaev (au centre) lors de son procès à Boston, le 5 mars 2015. — Jane Flavell Collins/AP/SIPA

La défense de Djokhar Tsarnaev a plaidé ce lundi pour la réclusion à perpétuité dans le procès des attentats de Boston, estimant que c'était «le meilleur choix» pour un «petit frère» qui a agi sous l'influence de son aîné radicalisé.

Djokhar Tsarnaev peut-il éviter la peine de mort?

«Aussi horrible que son crime ait été, la prison à vie, confronté à ce qu'il a fait, est le meilleur choix pour tout le monde», a déclaré l'avocat David Bruck, dans sa déclaration d'ouverture, dans la partie finale du procès de Djokhar Tsarnaev. Tsarnaev, 21 ans, a été reconnu coupable le 8 avril des attentats du marathon de Boston, qui avaient fait 3 morts et 264 blessés le 15 avril 2013. Il risque la peine de mort.

« Il ne sera pas un martyr »

L'avocat a montré une photo de la prison de très haute sécurité, dans le Colorado, où le jeune musulman d'origine tchétchène finira ses jours s'il est condamné à perpétuité. La punition durera «des années et des années», a insisté l'avocat. «On n'en entendra plus parler. Et il ne sera pas un martyr», a-t-il ajouté, en comparant à la peine capitale, plus «rapide».

L'avocat a longuement insisté sur l'emprise de Tamerlan Tsarnaev sur son jeune frère, décrivant un aîné «agressif» et «extrême», qui avait échoué en tout et s'était progressivement radicalisé, poussé par sa mère.

«Consumé par le djihad»

Il était «consumé par le djihad», a déclaré l'avocat, racontant comment en janvier 2012, Tamerlan s'était rendu en Russie pour essayer de rejoindre le djihad, avant de rentrer aux Etats-Unis six mois plus tard. D'une voix douce, l'avocat a aussi raconté la famille Tsarnaev, d'origine tchétchène, qui, après des années d'errance du Kirghizstan au Daguestan, est venue s'installer dans la région de Boston en 2002.

Mais son rêve américain ne dure pas: le père est malade, la mère, rejetée par la famille de son mari, devient fondamentaliste, s'habille de noir, entraîne Tamerlan dans cette voie. Djokhar grandit comme il peut. «C'était un bon gamin», a insisté l'avocat. Ses parents, souffrant tous les deux de troubles psychologiques selon David Bruck, rentrent en Russie en 2012. Tamerlan reste alors le seul adulte de référence pour son jeune frère.

Tamerlan avait, a insisté l'avocat, «le pouvoir» sur «Jahar», le surnom affectueux donné par ses amis au jeune Tsarnaev. Et «quand Tamerlan a commencé à sortir du chemin, il attiré son jeune frère avec lui». Un des premiers témoins, un imam, Loay Assaf, a fait état de deux incidents à la mosquée de Cambridge, près de Boston, en 2012 et 2013, durant lesquels un Tamerlan furieux s'était emporté contre lui, estimant que parler de Thanksgiving ou de Martin Luther King n'était pas «islamique».

Impénétrable

Un troisième témoin a aussi affirmé que par rapport à Tamerlan le boxeur, Djokhar Tsarnaev était calme et ne montrait pas d'agressivité. Moins de 20% des habitants du Massachusetts sont favorables à la peine capitale pour le jeune accusé, selon un nouveau sondage publié dans le Boston Globe. Ce pourcentage n'a cessé de baisser: il était de 33% en septembre 2013, et de 26% juste après que Tsarnaev eut été reconnu coupable le 8 avril. La défense devrait prendre deux semaines.

Tsarnaev, maigre et frêle, est resté impénétrable. Durant le procès, il n'a jamais regardé ses victimes, et n'a jamais montré aucune émotion. Le jury devra être unanime s'il décide de la peine de mort. Si un seul juré a des doutes, ce sera la réclusion à perpétuité.