Sdérot déprime

A Sderot, Eléonore de Narbonne

— 

Les habitants de Sdérot  (Israel) inquiets après qu'une roquette tirée depuis la bande de Gaza a fait une victime le 21 mai.
Les habitants de Sdérot  (Israel) inquiets après qu'une roquette tirée depuis la bande de Gaza a fait une victime le 21 mai. — no credit

«J’arrivais au travail, ce matin, quand l'alerte a retenti. Comme d’habitude, je me suis éloignée des fenêtres en courant», raconte Séverine au centre commercial de Sdérot, saturé de baies vitrées. Vingt secondes, c’est le délai imparti pour gagner un abri: «Les clients sont angoissés, frustrés de ne plus sortir parce qu’ils ont peur.» Séverine, qui a quitté Paris en 2005 par amour pour un Israélien, rêve désormais de s’installer «au nord» du pays.

25.000 âmes amères

Située dans le Néguev occidental, largement peuplé d’immigrants de l’ex-URSS et du Maghreb, Sdérot abrite 25.000 âmes amères: elle est la cible la plus accessible des roquettes artisanales tirées depuis la bande de Gaza, à deux kilomètres. Depuis la deuxième Intifada (septembre 2000), quelque 20.000 projectiles ont atteint la cité et ses environs, faisant sept morts et de nombreux blessés. Lundi soir, une habitante, Shirel Friedman, 30 ans, a été tuée par un de ces engins artisanaux alors qu’elle circulait dans sa voiture. La population est traumatisée.

Moral en berne

Rideaux de fer baissés (14 % des commerçants envisageraient de partir), marché immobilier effondré, centre de consultation psychologique débordé… Dans les rues sans vie, les passants se saluent mais ont visiblement le moral en berne.

Venu d’Algérie en 1956, Raymond a vu Sdérot naître, se développer puis se replier sur elle-même. Convaincu que la paix peut revenir puisqu’il l’a «vécue avec nos voisins de Gaza», il se dit «fatigué» et ne travaille plus : «Ici, on est tous malades.»