«Après Achrafieh et Verdun, où va avoir lieu la prochaine explosion»

REPORTAGE A BEYROUTH Les habitants de la capitale libanaise replonge dans la psychose...

De notre correspondant à Beyrouth, David Hury

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Dans le même temps, dix personnes ont été blessées dans un attentat à l'explosif dans le quartier de Verdun, dans l'ouest de Beyrouth à majorité musulmane, au lendemain d'un attentat à Achrafiyé dans l'est de la capitale à majorité chrétienne qui a fait un mort.
Dans le même temps, dix personnes ont été blessées dans un attentat à l'explosif dans le quartier de Verdun, dans l'ouest de Beyrouth à majorité musulmane, au lendemain d'un attentat à Achrafiyé dans l'est de la capitale à majorité chrétienne qui a fait un mort. — Ousama Ayoub AFP

«Mais pourquoi ne ferment-ils pas les écoles?, se demande avec agacement Rita, une mère de famille qui attend son fils devant la grille du Grand lycée franco-libanais de Beyrouth. Nous n’avons pas la tête à faire des allers et retours maison-école-maison, et à faire les devoirs le soir.» Abattue par deux attentats en moins de 24 heures, la population de la capitale libanaise replonge dans la psychose.

Après l’explosion de dimanche soir en plein quartier chrétien, c’est la zone commerciale et résidentielle de Verdun, une zone à majorité sunnite, qui a été violemment touchée lundi soir. Bilan des deux explosions : 1 mort et plusieurs dizaines de blessés. «Le but n’est pas de tuer, mais de terroriser, c’est insupportable », s’emporte Elie, un boucher du quartier de Mar Mitr, dont la vitrine a souffert de l’explosion de dimanche.

Ce mardi à Beyrouth, la circulation était anormalement fluide. Sauf à certains points névralgiques, comme la sortie du « ring » qui relie Beyrouth-Ouest à Beyrouth-Est. Ici, l’armée libanaise a dressé un barrage et filtre minutieusement les véhicules. A l’aube, une patrouille de l’armée aurait arrêté une voiture bleue où se trouvaient deux Palestiniens et deux Egyptiens, près de Mansourié sur les hauteurs de Beyrouth. A bord, une valise bourrée d’explosifs, deux fusils automatiques et deux revolvers.

De quoi alimenter la psychose qui envahit les esprits. «Après Achrafieh et Verdun, où va avoir lieu la prochaine explosion ? A Gemmayzé (où les noctambules ont leurs habitudes)? Car c’est sûr qu’il y en aura d’autres !», assure Marwan, PDG d’une importante banque libanaise.

Du coup, les rues changent de visage. Nombreux sont ceux qui expédient leur travail au bureau, de sorte à rentrer au plus vite chez eux d’où ils ne sortiront plus. « Je m’avance pour toute la semaine, explique Salim, directeur des programmes dans une radio, qui a organisé tous ses enregistrements hebdomadaires en une seule journée. Pendant quelques temps, je vais essayer de rentrer chez moi avant la tombée de la nuit.»

Depuis lundi, en ville, de nombreuses enseignes – dont la fréquentation est en chute libre – interdisent le stationnement devant leur pas de porte. « Cela fait deux ans que nous avons renforcé les mesures de sécurité à l’intérieur des magasins, explique Michel Abchee, PDG d’Admic, gérant des supermarchés Monoprix et Géant Casino au Liban. Depuis lundi matin, nous essayons aussi de remplacer, à l’extérieur des bâtiments, les Forces de sécurité intérieure (FSI), et avons installé des cordons de sécurité. »

Paradoxalement, c’est Robert Fadel, le propriétaire du centre commercial ABC d’Achrafieh visé dimanche soir, qui garde le plus le moral, ouvrant ses portes dès le lendemain et affirmant : « La volonté de vie des Libanais sera la plus forte.