L’administration américaine perd ses ouailles

Bernard Estrade

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Le porte-parole de la Maison Blanche Tony Snow a aussi assuré que ce processus diplomatique n'était pas dans "l'impasse" et a affirmé la volonté des Etats-Unis de surmonter les divergences avec ses partenaires, à commencer par la France.
Le porte-parole de la Maison Blanche Tony Snow a aussi assuré que ce processus diplomatique n'était pas dans "l'impasse" et a affirmé la volonté des Etats-Unis de surmonter les divergences avec ses partenaires, à commencer par la France. — Tim Sloan AFP/Archives
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Paul McNulty, le numéro deux du département de la Justice américain vient de quitter ses fonctions pour «raisons personnelles». C’est le quatrième haut responsable de ce ministère à démissionner depuis le début de l’année.

Il n’y a officiellement aucun lien entre ces départs et l’enquête parlementaire sur une purge politique menée au sein du département de la Justice à la demande de la Maison Blanche.

L’hémorragie n’est pas limitée à la justice: depuis six mois plus d’une trentaine de hauts responsables ont quitté l’administration. Et elle met en cause la capacité du président George W. Bush –auquel il reste encore plus de dix-huit mois de pouvoir– à formuler et appliquer sa politique.

Toutes les branches de l’exécutif sont atteintes. Les plus touchées sont les plus stratégiques: la Défense, le Conseil national de sécurité et les Affaires étrangères. Stephen Cambone, Peter Rodman, Richard Lawless, Francis Harvey, respectivement responsable pour le renseignement, la sécurité internationale, l’Asie et l’armée ont, parmi d’autres, quitté le Pentagone ces derniers mois.

Le Conseil de sécurité a perdu son numéro deux, J.D. Crouch et le directeur pour l’Asie plus particulièrement chargé du dossier coréen, Tom Graham. Et même Meghan O’Sullivan, en charge de l’Irak depuis les premières jours de l’occupation en 2003. Pour ne nommer qu’eux.

Le département d’Etat est le plus sévèrement atteint : 12 hauts responsables sont partis, de Philip Zelikow, le conseiller de Condoleezza Rice, à John Bolton, ex-ambassadeur à l’Onu. Sans oublier le plus haut fonctionnaire d’origine arabo-américaine, Dina Habib Powell, sous-secrétaire d’Etat à l’éducation et aux affaires culturelles.

La Maison Blanche dément que l’administration soit en train de se désintégrer. La réalité et les faits, reflets des échecs et errements de sa politique, la contredisent.

Enlisé en Irak mais aussi empêtré dans les affaires de corruption et de moeurs, le président Bush a vu sa cote de popularité tomber à 28%. Un «record» comparable à celui de Lindon Johnson durant la guerre du Vietnam ou Richard Nixon au moment du Watergate.

Et l’actuel occupant de la Maison Blanche semble embarrasser jusqu’aux caciques de son parti: lors de leur premier débat, les dix candidats à l’investiture républicaine pour les prochaines présidentielles n’ont mentionné son nom qu’une seule fois. En 118 minutes.