Guinée: Manifestant tué et situation bloquée à six mois de la présidentielle

AFRIQUE Le pouvoir et l'opposition s'opposent farouchement sur la question du calendrier électoral...

20 Minutes avec AFP

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Forces de l'ordre à Conakry le 20 avril 2015.
Forces de l'ordre à Conakry le 20 avril 2015. — Youssouf Bah/AP/SIPA

A moins de six mois de la présidentielle, la tension est à son comble en Guinée. Un partisan de l'opposition a été tué jeudi dans des heurts avec les forces de l'ordre déployées massivement pour empêcher des manifestations dans tout le pays contre le calendrier électoral. Le blocage autour de ce «calendrier de la discorde» paraît total: le président Alpha Condé en a de nouveau exclu la révision, exigée par l'opposition pour reprendre le dialogue.

Après une journée «ville morte» à Conakry au début du mois puis des manifestations non autorisées mi-avril et lundi -avec plusieurs morts et au moins une vingtaine de blessés- l'opposition cherchait à étendre sa contestation au reste du territoire. Alors que le calme était revenu en début de soirée, chacun des deux camps revendiquait un succès.

Bataille de communication

Le gouvernement a ainsi proclamé qu'en dehors d'une partie de la capitale, la contestation n'avait touché que «quatre préfectures (Dalaba, Dabola, Pita, Labé)» du centre du pays, favorable à l'opposition, sur un total de 33. Il a fait état d'un bilan d'un mort, Ousmane Bah, 28 ans, à Labé, fief du chef de file de l'opposition, l'ex-Premier ministre Cellou Dalein Diallo, et de 14 blessés, dont 11 policiers et gendarmes, ainsi que de 93 arrestations.

Le porte-parole de l'opposition, Aboubacar Sylla a revendiqué «un succès total», déplorant néanmoins «un bilan encore très lourd». «Partout où la marche a été empêchée par les forces de l'ordre, la journée s'est transformée en journée ville morte», a-t-il dit, annonçant la poursuite des manifestations qui «iront crescendo».

Soutien de François Hollande

Ousmane Bah a été tué à coups de matraque et quatre autres protestataires ont été blessés par les forces de l'ordre, selon une source hospitalière et des témoins, le gouvernement évoquant «un projectile au niveau des cervicales». Le corps a été conduit par les manifestants aux cris de «Allahou akbar» (Dieu est le plus grand) et «Mort aux dictateurs», à la morgue de l'hôpital régional de Labé, où régnait une forte tension.

Les militants de l'opposition se sont insurgés contre les propos d'Alpha Condé écartant toute modification du calendrier fixé par la Commission électorale nationale indépendante (Céni). A l'issue d'un entretien avec son homologue François Hollande à Paris, Alpha Condé a réaffirmé mercredi que la présidentielle se tiendrait en octobre, à l'échéance fixée par la Céni, qui a encore reporté le scrutin local, à mars 2016.

François Hollande a «manifesté son soutien aux initiatives du gouvernement guinéen en faveur d'un dialogue avec l'opposition» et «a appelé toutes les parties à renoncer à la violence», selon la présidence française. L'opposition soupçonne le pouvoir de vouloir utiliser les exécutifs communaux provisoires qu'il a désignés - faute de scrutin à cet échelon depuis 2005 - pour influer, y compris par la fraude, sur la présidentielle.