Migrants: Budget, intervention armée, accueil... Les ONG dénoncent les solutions «bien ordinaires» de l'UE

IMMIGRATION Pour les associations humanitaires, les solutions de l'Union européenne pour résoudre la question des migrants en Méditerranée sont loin d'être satisfaisantes...

Laure Cometti

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Des migrants secourus par un navire de la Marine italienne attendent d'être débarqués à Salerne, le 22 avril 2015.
Des migrants secourus par un navire de la Marine italienne attendent d'être débarqués à Salerne, le 22 avril 2015. — Francesco Pecoraro/AP/SIPA

La série noire de naufrages de migrants en Méditerranée devait provoquer un électrochoc au sein de l'Union européenne (UE), qui a convoqué un sommet extraordinaire à Bruxelles jeudi. Un rendez-vous manqué selon les associations humanitaires qui ne sont guère convaincues par les solutions avancées par les 28.

«C’est un sommet extraordinaire qui aboutit à des solutions bien ordinaires», regrette Pierre Henry, directeur de France terre d'asile«L’Union reste dans une posture de réactivité et non de prévention et d’anticipation», déplore Jean François Dubost, en charge du programme Personnes déracinées pour Amnesty International France.

Un budget multiplié par trois... mais mal employé

Le budget de l'opération Triton menée par Frontex, l'agence européenne de surveillance des frontières, sera triplé. Concrètement, cela permettra de mobiliser plus de navires. «Encore faut-ils qu’ils soient déployés au bon endroit», souligne Jean-François Dubost. Or l’UE n’a pas précisé si la zone d’action de Triton, limitée à un maximum de 30 milles nautiques au large des côtes italiennes, allait être élargie. Un point crucial car la plupart des naufrages ont lieu en haute mer selon Amnesty International.

Frontex entend augmenter la surveillance aérienne de la Méditerranée afin de «renforcer les opérations de recherche et de sauvetage», lit-on dans un communiqué publié jeudi. Cette déclaration risque de rester lettre morte, car le mandat de l'agence est inchangé. Or «sa mission n'est pas de sauver les migrants», insiste Eva Ottavy, responsable de la commission Solidarités internationales de la Cimade.

Une opération militaire qui ne traite que les «symptômes» du problème

Les associations s'interrogent sur la mise en œuvre de cette intervention armée et ses effets à long terme. Quelle forme prendra-t-elle? Blocus maritime, contrôle des ports, destruction de navires? «Avec quelles garanties pour la sécurité des civils?», s’inquiète Jean-François Dubost.

«Tout pêcheur lybien sera-t-il soupçonné d'être un passeur?», renchérit Eva Ottavy, soulignant la complexité de l'identification des responsables de ces réseaux.

En ciblant les bateaux des passeurs, l'UE ne traite que les «symptômes de la question de l’immigration», constate Aspasia Papadopoulou, responsable au sein du European Council on Refugees and Exiles (ECRE). Pour gagner l'Europe, «les migrants trouveront d’autres moyens, peut-être encore plus dangereux».

Accueil de 5.000 réfugiés: un chiffre jugé dérisoire

L'UE prévoit d’accueillir «au moins 5.000 personnes» ayant le statut de réfugié. «D’où sort ce chiffre? Quel expert a estimé qu’il correspondait à la réalité?», s’emporte Pierre Henry, dde France terre d'asile.

«À 28, les Etats membres peuvent faire bien mieux. En comparaison, l’Allemagne a accepté 30.000 demandes d’asile depuis 2013», relève Jean-François Dubost, qui balaie un chiffre «ridicule». 

Autre source d'inquiétude pour les associations: les Etats prendront en charge ces réfugiés «sur une base volontaire». «Qu’adviendra-t-il de l’élan de solidarité une fois l’émotion retombée?», s'inquiète-t-on chez Amnesty International France. David Cameron a déjà fait savoir qu'il n'était «pas question» que le Royaume-Uni accueille des demandeurs d'asile.

Pour la Cimade et l'ECRE, le plan de l'UE devrait renforcer les voies légales d'immigration et réformer sa politique de visa. «Plus l'Europe ferme ses frontières, et plus les routes migratoires s'allongent, avec des risques accrus pour la sécurité des migrants», déclare Eva Ottavy.