Migrants: À peine dévoilé, le plan européen déçoit

L.C. avec AFP

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Des migrants dans un canot de sauvetage des gardes-côtes italiens, en mer Méditerranée, le 22 avril 2015.
Des migrants dans un canot de sauvetage des gardes-côtes italiens, en mer Méditerranée, le 22 avril 2015. — Alessandro Di Meo/AP/SIPA

À peine dévoilées, les propositions des dirigeants européens pour répondre au drame des naufrages de migrants en Méditerranée ont essuyé une salve de critiques. Associations humanitaires et députés européens ont dénoncé ce jeudi un plan «insuffisant» et au manque d'engagement «épouvantable».

Le plan ne sera officiellement dévoilé que jeudi soir à Bruxelles, mais un projet de déclaration, dont l'AFP a obtenu copie, évoque des opérations militaires contre les trafiquants et un renforcement de la solidarité dans l'accueil des réfugiés.

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Manque de moyens et d'ambition

Une déception pour Amnesty International, qui condamne «un plan d'une insuffisance lamentable». «Les propositions sur la table mettent la manipulation avant les vies», a estimé Gauri van Gulik, la directrice adjointe pour l'Europe et l'Asie. Sur Twitter, elle a critiqué un projet «sans moyens, sans changement du cadre et du mandat de Triton, ni sérieuses opérations de recherche et de sauvetage»:

Les conclusions provisoires du sommet «sont encore moins ambitieuses que les dix points qui ont été présentés lundi. Le manque d'engagement est épouvantable. Nous avons besoin d'une approche radicalement nouvelle de l'asile et de la migration», a affirmé Guy Verhofstadt, le président des libéraux au Parlement européen.

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Un projet contesté d'opération militaire

Le projet de déclaration finale comporte un volet militaire «pour identifier, capturer et détruire les bateaux avant qu'ils ne soient utilisés par les trafiquants». Cette proposition fait bondir certains députés européens.

«C'est insensé! Une mission de défense et de sécurité commune signifie une militarisation de la stratégie de l'Union européenne contre les réfugiés», s'est indignée sur Twitter Rebecca Harms, coprésidente du groupe des Verts.

 

La concentration de l'action sur les bateaux soulève des doutes. «Cela ne réglera pas le problème parce que les principaux responsables se situent plutôt en amont, au niveau des filières», assure Olivier Clochard, le président du réseau Migreurop.

Un dispositif d'accueil jugé encore insuffisant

Le plan propose aussi d'accueillir «au moins 5.000 personnes» ayant déjà obtenu le statut de réfugiés, dans le cadre d'un projet de réinstallation.

«C'est vraiment une goutte d'eau au vu des déplacements de personnes» dans la région, estime Olivier Clochard. Soulignant que le plan «n'arrêtera pas les gens en situation de détresse», il prône l'ouverture de «voies de migration légales» pour empêcher les migrants de tomber dans les mains des passeurs.

Limites et risques de la surveillance des frontières

L'UE prévoit de doubler le budget mensuel de Frontex. L'agence chargée de la surveillance des frontières recevrait six millions d'euros par mois.

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) estime que l'UE doit aller plus loin que «l'endiguement des arrivées». «La surveillance seule ne résoudra pas le problème de l'immigration irrégulière, mais cela pourrait accroître les risques et les violences infligées par les migrants et les réfugiés», a déclaré le HCR dans un communiqué.