L'armée libanaise aux portes de Nahr al-Bared

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Le calme semblait revenu hier soir à Tripoli, la deuxième ville du pays (nord), mais on y distinguait encore clairement le fracas des bombardements de l'armée libanaise sur le camp palestinien de Nahr al-Bared, où se sont retranchés les membres du Fatah al-Islam. Groupuscule d'obédience salafiste djihadiste, réputé proche d'Al-Qaïda, Fatah al-Islam a élu domicile dans ce camp de 30 000 réfugiés à la fin novembre 2006. Il compterait, d'après Bernard Rougier, auteur du Dijhad au quotidien (éd. PUF), environ

300 combattants aux origines hétéroclites : anciens membres du prosyrien Fatah-Intifada, salafistes convaincus et djihadistes passés par l'Irak. Surveillé mais pas inquiété jusqu'à présent, il aura suffi que certains de ses membres perpétuent samedi un hold-up dans une banque pour mettre le feu aux poudres et provoquer une offensive sans précédent de l'armée libanaise.

Au second jour des combats hier soir, on dénombrait au moins 55 morts parmi lesquels neuf habitants du camp. Mais tout le pays semblait gagné par les violences hier. Dans la nuit de dimanche à lundi, un attentat a visé le quartier chrétien d'Achrafieh à Beyrouth, la capitale, faisant un mort et dix blessés et provoquant la panique au sein de la population. Au même moment, hier à New York, le Conseil de sécurité des Nations unies se penchait sur un projet de résolution contraignante pour la création du Tribunal international sur l'assassinat de Rafic Hariri. Bloqué au Parlement par l'alliance entre le Hezbollah chiite et le Courant patriotique libre du général Michel Aoun, le projet de tribunal provoque aussi l'hostilité de Damas. Députés de la majorité et membre du gouvernement n'ont donc pas tardé à voir dans ces événements la main du régime syrien (lire ci-dessous). De fait, pour l'Etat libanais, Fatah al-Islam est l'incarnation de tous les dangers : les camps palestiniens, où l'armée ne peut entrer et où se développent des groupes aux idéologies inquiétantes, mais aussi et surtout la question des armes toujours détenues par les milices, le Hezbollah au premier chef.