Serge Atlaoui: Des fonderies de Moselle aux geôles indonésiennes

PORTRAIT Condamné à mort en Indonésie pour «trafic de stupéfiants», ce Français de 51 ans a vu son dernier recours rejeté mardi…

Vincent Vantighem
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Deux Australiens sont, depuis 2005, dans le "couloir de la mort", tout comme le Français Serge Atlaoui, condamné au peloton d'exécution en mai 2007 pour avoir travaillé dans un laboratoire d'ecstasy.
Deux Australiens sont, depuis 2005, dans le "couloir de la mort", tout comme le Français Serge Atlaoui, condamné au peloton d'exécution en mai 2007 pour avoir travaillé dans un laboratoire d'ecstasy. — Bay Ismoyo afp.com

Il ne devait y rester qu’une semaine. Dix jours au maximum… Serge Atlaoui risque désormais de mourir en Indonésie après y avoir passé dix ans en prison pour «trafic de stupéfiants». Originaire de Metz (Moselle), ce Français de 51 ans a vu, mardi 21 avril, son dernier recours rejeté par la Cour suprême indonésienne.

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«Il est sous le choc, confie à 20 Minutes, Sabine son épouse depuis l’Indonésie. Il sait que si un surveillant vient le chercher pour le placer à l’isolement, il n’a plus que 72 heures avant d’être exécuté… On est toujours dans l’incompréhension la plus totale.»

Sabine Atlaoui. Bay Ismoyo AFP

Avec sa femme, il avait des dettes à régler

Car ce soudeur-fondeur de métier, Serge Atlaoui n’avait, a priori, aucune raison de se lancer dans le trafic international de drogue depuis l’Asie du sud-est. A l’origine, c’est surtout parce qu’il a besoin d’argent qu’il décide, en 2005, de partir pour l’archipel indonésien.

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«A ce moment-là, la situation financière de Serge et Sabine est assez délicate, se souvient Richard Sédillot, l’avocat du Français. Ils ont quelques dettes à régler et de gros besoins.» Déjà père de trois enfants, Serge Atlaoui attend avec son épouse un quatrième enfant. Elle est femme de chambre. Lui enchaîne les chantiers de fonderie à tours de bras. «Il était souvent envoyé sur des missions à l’étranger, raconte Sabine. Cela n’avait rien de surprenant.»

Une mission d’une semaine à la paye généreuse

C’est d’ailleurs sur un chantier aux Pays-Bas qu’un ami lui parle d’un «plan dans une usine d’acrylique en Indonésie». Le travail ne doit durer qu’une semaine. La paye, «au noir» est généreuse. «Ce boulot aurait permis de régler nos dettes», avoue Sabine Atlaoui. Le costaud patriarche de famille s’envole à l’autre bout du monde.

Mais il ne met que deux jours à se rendre compte que quelque chose cloche. «Il m’a appelé très en colère, se remémore sa femme. Il avait remarqué des zones interdites dans l’usine. Il y avait beaucoup d’allées et venues bizarres.» Serge Atlaoui décide alors de rentrer en France. Seul problème, il n’a pas l’argent suffisant pour s’acheter un billet d’avion. «Il est donc retourné travailler dans l’usine le temps de se retourner, poursuit Sabine. Le lendemain, la police faisait sa descente…»

«Je ne vois pas ce qu’on peut faire»

Sous les yeux du Français, les enquêteurs indonésiens dévoilent alors le laboratoire de fabrication d’ecstasy que constituent les «zones interdites». Lui est alors considéré comme le cerveau du réseau. Commence alors un long périple de cellule en cellule qui l’amène au final sur l’île prison de Nusa Kambangan où il attend aujourd’hui d’être exécuté.

L'île prison de Nusa Kambangan (Indonésie), le 5 mars 2015. - BAY ISMOYO / AFP

«Nous avons assisté sa famille dès le départ, souligne Raphaël Chenuil-Hazan, directeur de l’association Ensemble contre la peine de mort. Notamment en offrant les moyens financiers permettant à sa femme et ses enfants de lui rendre visite.» 

En cellule avec deux autres personnes, Serge Atlaoui se montre, lui, extrêmement courageux, selon son avocat. «C’est quelqu’un de très digne. Il n’est toujours pas animé par un esprit de vengeance, lâche encore Richard Sédillot. Il est respectueux de la justice indonésienne. Simplement, il ne comprend pas ce qu’il fait là.» Son épouse non plus. «On est tout petit face à cette immense machine judiciaire, lâche-t-elle. Je ne vois pas ce qu’on peut faire pour le sortir de là…»