Naufrages en Méditerranée: «La peur au ventre tout au long de la traversée»

IMMIGRATION Kaled, le Soudanais, et  Djakaridja, le Malien ont aussi traversé la Méditerranée entre la Libye et Lampedusa sur des bateaux de fortune. Arrivés à Paris, ils racontent…

Fabrice Pouliquen

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Des réfugiés aux abords de leurs tentes de fortune sous un pont de la ligne 2 du métro parisien à deux pas de la station Porte de la Chapelle.
Des réfugiés aux abords de leurs tentes de fortune sous un pont de la ligne 2 du métro parisien à deux pas de la station Porte de la Chapelle. — F.Pouliquen / 20 Minutes

Eux ont traversé la Méditerranée. Leurs conditions de vie à Paris sont loin de ce qu’ils avaient imaginé, «mais on est arrivé à destination», glisse dans un sourire timide Kaled, en face de la tente de fortune dans laquelle il dort à deux près de la station de métro Porte de la Chapelle.

Depuis juillet dernier, un campement s’est installé là, sous un pont. Il est majoritairement composé de Soudanais, comme Kaled, et de Somaliens qui partent et arrivent dans un flot continu. C’est d’eux dont vont parler les chefs d’Etat européens réunis à Bruxelles ce jeudi pour un sommet extraordinaire convoqué après la multiplication des naufrages de rafiots surchargés de migrants ces dernières semaines en mer Méditerranée.

«On avait pu manger le premier jour, pas le deuxième»

«Ah oui, j’essaie de suivre les événements aux informations quand j’y ai accès», raconte Kaled. Mais le Soudanais est peu disert sur le sujet. Disons qu’il préfère parler de l’avenir que de catastrophes qui le ramènent à son passé. Car lui aussi connaît bien la route entre la côte libyenne et l’île italienne de Lampeduza. Il dit l’avoir empruntée il y a deux mois. «Deux jours de traversée sur un bateau de pêche de fortune, on était plusieurs centaines, raconte-t-il. On avait pu manger le premier jour, pas le deuxième. Et la peur ne vous quitte pas de la traversée.»

Quelques mètres plus loin, Djakaridja raconte exactement la même chose. Lui vient de Bamako au Mali. Un pays qu’il a fui, «car homosexuel et donc persécuté», raconte-t-il. Passé par l’Algérie, lui aussi a fini par gagner la Libye pour tenter sa chance en Europe. «Pareil, sur un bateau surchargé. C’est fou le nombre de personnes que les passeurs tentent de faire embarquer sur un bateau, raconte-t-il. Nous avons mis deux jours également pour rejoindre Lampedusa. Les gens tombent malades, certains vomissent énormément.»

La Lybie tout aussi pire que la traversée en bateau

Le reste de leur périple, ils en parlent presque comme une partie de rigolade. Pour gagner Paris, Djakaridja a pris le bus avec un ticket qu’il a réussi à acheter. Kaled, lui, a opté pour le train… en fraudant. «Je suis passé par Rome, Milan, Vintimille, détaille-t-il. Je suis tombé sur de nombreux contrôleurs qui me faisaient alors descendre du train à la gare la plus proche. Il me suffisait d’attendre le prochain.»  

A la porte de la Chapelle à Paris, ils disent être au bout d’un très long chemin et n’espérent plus qu’obtenir le droit d’asile. «Même dans ce campement, les conditions de vie sont meilleures qu'au Soudan, martèle Kaled. Là-bas, il y a la guerre, le collège où j’allais a fermé depuis longtemps. Alors sans avenir, oui, je suis parti.» Kaled et Djakaridja disent aussi avoir essayé de faire leur nid en Libye. Mais cette étape était  pire que la traversée en bateau. «Il n’y a pas de travail et c’est la guerre là-bas», raconte Kaled. «L’ami avec qui je voyageais a été touché par une balle là-bas», poursuit Djakaridja.

Voilà pourquoi ces deux migrants en sont certains: malgré les naufrages, malgré les morts par centaines, malgré les tarifs exorbitants demandés par les passeurs, il y aura toujours des candidats au départ pour vivre le rêve européen.