Pourquoi la diplomatie française ne sauvera pas Serge Atlaoui

ANALYSE Laurent Fabius a convoqué, ce mercredi, l’ambassadeur d’Indonésie en France, alors que la condamnation à mort de Serge Atlaoui a été confirmée, mardi…

Vincent Vantighem
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Serge Atlaoui dans sa cellule de prison en Indonésie, en mars 2008.
Serge Atlaoui dans sa cellule de prison en Indonésie, en mars 2008. — MEIGNEUX/SIPA

De la pédagogie et des menaces. Ce sont les deux leviers que la diplomatie française active pour sauver Serge Atlaoui de la mort. Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères, a convoqué, ce mercredi à 16h, l’ambassadeur d’Indonésie en France, au lendemain de la confirmation de la condamnation à mort du ressortissant français accusé de «trafic de stupéfiants» depuis 2005.

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«Nous allons appeler l’Indonésie à faire preuve de clémence dans ce dossier, confie à 20 Minutes Romain Nadal, porte-parole au Quai-d'Orsay. Et lui expliquer que la peine de mort n’est pas une réponse adaptée au trafic de stupéfiants dont Serge Atlaoui est accusé». Pas sûr que cela soit suffisant même si François Hollande, lui même, a lancé un «appel», ce mercredi, pour que «cette exécution n'ait pas lieu».



84% des Indonésiens pour la peine de mort
Elu en 2014, Joko Widodo, le président indonésien se montre, depuis, intransigeant sur l’exécution de condamnés à mort pour trafic de stupéfiants. Essentiellement pour des raisons de politique intérieure. «Il est convaincu qu’une exécution est un ‘’must’’ pour faire face au trafic de drogue, explique Yohanes Sulaiman, analyste politique à l’Université de Jakarta. Politiquement, il a compris que les Indonésiens voulaient un dirigeant ferme.»

Joko Widodo lors d'une conférence de presse le 10 juillet 2014 à Jakarta - Romeo Gacad AFP


Et qu’ils sont plus que favorables à la peine de mort. Selon un sondage réalisé par l’agence Indo Barometer auprès de 1.200 personnes en mars, 84,1% des Indonésiens se sont déclarés pour l’application de la peine de mort aux condamnés pour trafic de drogue, seuls 11,8% se prononçant contre.

Jokowi n’est pas du genre à reculer

Surtout, le président que les Indonésiens surnomment Jokowi n’est pas du genre à reculer. Le 18 janvier, il a envoyé sans ciller cinq étrangers dont une femme devant le peloton d’exécution. La France en est consciente. Ne voulant faire «aucun pronostic» sur l’issue de ce différend, Romain Nadal précise, tout de même, qu’une exécution aurait «de graves conséquences» sur les relations diplomatiques entre les deux pays.

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Mais cette menace aussi n’a que peu de chance de faire plier le quatrième pays le plus peuplé au monde. Après l’exécution de leurs ressortissants en janvier, les Pays-Bas et le Brésil avaient rappelé leur ambassadeur en signe de protestation. Ils étaient revenus en Indonésie au bout de quelques semaines sans rien obtenir.

La menace d’un blocus économique

Reste la menace d’un blocus économique. Mais sur ce point encore, l’Hexagone n’a que peu de marge de manœuvre. Situé au 47e rang des partenaires commerciaux de la France, l’Indonésie ne représente que 0,3% des importations totales sur notre territoire, selon les données du ministère de l’Economie et des Finances. Et 0,4% de la totalité des produits français exportés à travers le monde atterrissent en Indonésie.

«La France, seule, n’a que peu de poids, confirme à 20 Minutes Richard Sédillot, l’avocat de Serge Atlaoui. C’est la raison pour laquelle il faut un mouvement européen pour le faire plier sur l’application de la peine de mort.» Mais, pressée par le Quai d’Orsay, l’Union européenne n’avait, mercredi, pas encore officiellement réagi sur le sujet.