Naufrage en Méditerranée: «C’est un devoir des dirigeants français et européens d’accueillir ces migrants»

INTERVIEW A la veille du sommet européen, Amnesty International France en appelle à François Hollande et aux dirigeants européens pour protéger les migrants et mettre en place une véritable opération de recherche et de sauvetage en mer…

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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Des migrants sauvés dans le cadre de l'opération italienne Mare Nostrum débarquent à Palerme le 20 octobre 2014 Lancer le diaporama
Des migrants sauvés dans le cadre de l'opération italienne Mare Nostrum débarquent à Palerme le 20 octobre 2014 — Gabriel Bouys AFP

Une opération humanitaire internationale. C’est, selon Amnesty International, la seule réponse européenne valable pour mettre fin à l'hécatombe de migrants en Méditerranée. A la veille du sommet extraordinaire des 28 pays de l'Union européenne (UE), jeudi à Bruxelles, Catherine Gaudard, directrice de l’Action à Amnesty International France, explique à 20 Minutes pourquoi cette opération est du devoir de l’UE.

Les tragédies de ces derniers jours et le sommet de jeudi peuvent-ils changer la politique européenne?

La déclaration préparatoire du sommet européen de jeudi nous donne un petit espoir que la dimension recherche et sauvetage soit véritablement prise en compte. Mais nous n’avons aucune garantie. A ce jour, on n’a pas constaté dans le discours des décideurs politiques une vraie volonté d’agir pour sauver des vies. Malgré ces centaines de morts ces dernières semaines, ils ne parlent pas du respect de ces migrants, du fait de sauver leur vie, mais de l’arrêt des trafics, de la protection des frontières, du terrorisme, … On sent qu’il y a une volonté d’alimenter les peurs face à l’arrivée de ces migrants. Nous sommes atterrés par cette indifférence choquante. C’est pourquoi nous appelons François Hollande et les dirigeants européens à protéger les migrants.

Vous serez donc attentive aux décisions prises lors de ce sommet européen?

Tout à fait. Nous attendons du sommet européen qu’il mette en place une véritable opération de recherche et de sauvetage en mer, au moins au niveau de ce que l’Italie avait fait avec Mare Nostrum, qui a permis de sauver plus de 170.000 vies. Il est important de lutter contre les trafiquants, mais l’urgence c’est de sauver des vies et de permettre un accès aux personnes qui n’ont pas d’autre choix que d’essayer de rejoindre l’UE -ils veulent sauver leur vie, celle de leurs enfants, fuir la répression, les violences, la guerre, les camps de réfugiés sont complètement saturés, … Aujourd’hui, les autres voies, terrestres, sont fermées, ils sont obligés de prendre la mer. Que les trafiquants en profitent, c’est une réalité, mais ce n’est pas uniquement en luttant contre les trafiquants qu’on réglera ce problème.

Mais une telle opération aurait un coût financier important…

Mare Nostrum a coûté 9 millions d’euros mensuels à l’Italie, qui l’assumait seule. Cette charge doit être répartie entre les pays européens, et ils doivent investir pour permettre à des réfugiés d’atteindre le territoire européen en sécurité. C’est du devoir de l’UE et cela relève du respect du droit international. C’est un effort que nous devons faire, éthiquement.

Et l’UE n’est pas la seule à faire des efforts face à la situation dramatique des migrants, liée aux crises que connaissent actuellement le Proche, le Moyen-Orient et l’Afrique Subsaharienne. Les pays limitrophes de la Syrie par exemple (Turquie, Liban, Jordanie) accueillent aujourd'hui les quelque 4 millions de réfugiés, mais n’ont plus la capacité de faire face aux besoins de ces populations, d’où l’afflux croissant de réfugiés qui cherchent à rejoindre l’UE.

Ce n’est pas en arrêtant les opérations de sauvetage qu’on arrêtera ce flux. On ne fera qu’augmenter les morts en Méditerranée. Il est en outre urgent que les pays de l’UE, mais aussi les pays riches du Golfe ou d’Amérique du Sud, accueillent ces réfugiés dans le cadre de la réinstallation, mais aussi du droit d’asile standard. Face à des crises majeures, c’est un devoir des dirigeants français et européens d’accueillir ces migrants, comme les Etats-Unis ont accueilli ceux qui fuyaient les violences de la Seconde guerre mondiale par exemple.