Sabine Atlaoui: «J’ai appris à Serge sa condamnation à mort. Il est sous le choc!»

ENTRETIEN L’épouse de Serge Atlaoui raconte, à «20 Minutes» depuis l’Indonésie, comment son mari a réagi à sa condamnation à mort confirmée, mardi pour «trafic de stupéfiants»…

Propos recueillis par Vincent Vantighem
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Sabine Atlaoui, l'épouse d'un Français condamné à mort en Indonésie pour trafic de drogue, le 5 mars 2015 après une visite à la prison de l'île de Nusakambang
Sabine Atlaoui, l'épouse d'un Français condamné à mort en Indonésie pour trafic de drogue, le 5 mars 2015 après une visite à la prison de l'île de Nusakambang — Bay Ismoyo AFP

La liaison téléphonique est mauvaise. Mais ce n’est pas pour cette raison que la voix de Sabine Atlaoui est faible. Déboussolée, cette Française a dû annoncer, ce mercredi, à son mari que son recours avait été rejeté la veille par la Cour suprême d’Indonésie.

Les faits: Serge Atlaoui condamné à mort en Indonésie

Accusé de «trafic de stupéfiants» et emprisonné depuis dix ans, Serge Atlaoui, 51 ans attend désormais d’être amené devant un peloton d’exécution qui ferait de lui le premier Français condamné à mort depuis près de quarante ans. Son épouse s’est confiée à 20 Minutes

Comment votre mari a-t-il accueilli cette nouvelle?

Je l’avais vu hier (mardi). Mais, à ce moment-là, nous ne connaissions pas encore la décision de justice. Je lui ai donc téléphoné ce mercredi matin pour lui dire. Il est sous le choc! Dans l’incompréhension totale. Nous avions placé tellement d’espoir dans ce recours permettant une révision du procès.

Serge Atlaoui et son avocate Nancy Yuliana au tribunal de Jakarta - ROMEO GACAD AFP

Il n’y a plus aucun recours?

Si. Selon le droit indonésien, chaque condamné à mort a le droit de demander une dernière fois une révision de son procès avant d’être emmené devant le peloton d’exécution. Mais le procureur général a déjà fait savoir dans la presse locale qu’il n’y donnerait pas une suite favorable. Il s’appuie pour cela sur une circulaire politique qui a durci la lutte contre le trafic de stupéfiants.

Que pouvez-vous faire?

Je ne sais pas. On se sent complètement impuissants. Tout petits face à cette immense machine judiciaire qui n’a qu’une seule mission: exécuter les condamnés à mort. Mais nous n’allons pas baisser les bras. Il faut mobiliser la communauté internationale. La France n’est pas le seul pays à avoir des détenus dans les prisons indonésiennes. Plusieurs ressortissants étrangers sont concernés par cette peine de mort.

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Vous êtes sur place avec votre plus jeune fils. Les trois autres enfants de Serge Atlaoui comptent-ils eux aussi revenir sur place?

Impossible à dire pour l’instant. Ils sont dans une vraie torture psychologique. Ils sont venus récemment. Et je ne sais pas s’ils pourront arriver à temps... Il faut savoir qu’une fois la décision prononcée, elle est exécutée en 72 heures. Cela laisse très peu de temps pour organiser les choses. D’autant que nous n’avons pour l’heure aucune nouvelle officielle de la part des autorités indonésiennes.

Dans quelles conditions votre mari vit-il sa détention?

Ça va. Il est détenu correctement dans cette prison-île de Nusa Kambangan. Il partage une cellule avec deux autres personnes. Les portes sont ouvertes le matin et refermées le soir. Mais si un surveillant vient chercher Serge pour le mettre à l’isolement, il sait ce qui l’attend: 72 heures plus tard, il sera mort…

Nusa Kambangan (Indonésie), le 5 mars 2015. Sabine Atlaoui prend le bateau pour rendre visite à son mari sur l'île prison de Nusa Kambangan. - BAY ISMOYO / AFP

La justice le considère toujours comme le cerveau d’un trafic de stupéfiants…

C’est dingue. Il n’a fait que des travaux de soudure. Il n’a vraiment travaillé que deux jours dans cette usine. Il s’était rendu compte que cela cachait quelque chose de bizarre. Il était très en colère. Il voulait rentrer immédiatement en France mais il n’avait pas l’argent pour s’acheter de billet d’avion. Il était parti pour une semaine. Cela fait dix ans qu’il est là-bas…