Cinq questions pour comprendre la crise libanaise

LIBAN La crise décryptée...

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Ces combats, qui ont éclaté dimanche à Nahr el-Bared et dans la ville voisine de Tripoli, ont soulevé de nouvelles craintes sur la stabilité du Liban, enlisé depuis des mois dans une profonde crise politique.
Ces combats, qui ont éclaté dimanche à Nahr el-Bared et dans la ville voisine de Tripoli, ont soulevé de nouvelles craintes sur la stabilité du Liban, enlisé depuis des mois dans une profonde crise politique. — Ramzi Haidar AFP
Qu’est-ce que le Fatah al-Islam?
Ce groupuscule extrémiste sunnite s’est fait connaître suite à un double attentat dans un village chrétien en février 2007; il prétend combattre pour la libération de la Palestine, mais n’est pas reconnu par les autorités palestiniennes. Fatah el-Islam est en fait une émanation du Fatah-Intifadah herbergé par Damas. Il regrouperait quelque 200 hommes entrés au Liban au cours de la guerre de l’été 2006. Le groupuscule se dit distinct d’al-Qaida, mais reconnaît soutenir certaines de ses thèses, comme la lutte contre les infidèles. Basé dans le camp palestinien de Nahr el-Bared au nord du Liban, il affronte violemment l’armée libanaise depuis dimanche.

Quel rapport entre tous les attentats?
Quelque 17 attentats ont secoué le Liban depuis 2005, le dernier ayant eu lieu dimanche soir en plein cœur du quartier chrétien de Beyrouth. Ces opérations ont surtout visé des personnalités anti-syriennes, mais les deux dernières ont ciblé des zones résidentielles. L’attentat de dimanche soir n’a pas été revendiqué par Fatah el-Islam qui a cependant menacé «d’ouvrir les portes du feu sur tout le Liban ».

Quels sont les enjeux?
Plus de 400 000 Palestiniens sont réfugiés au Liban dans de vastes camps dont l’entrée est interdite aux forces de sécurité libanaises en vertu d’un accord signé en 1969. Aucun contrôle du trafic d’armes ne peut y être effectué. Aujourd’hui, l’armée libanaise doit mettre la main sur Fatah el-Islam sans provoquer de heurts avec les autorités palestiniennes qui risqueraient d’enflammer les autres camps du pays, lourdement armés.

Quel est le rôle de la Syrie?
La Syrie n’a jamais reconnu la création du Liban en 1943 et refuse l’échange d’ambassades et le tracé définitif de frontières entre les deux pays. Entrée au Liban en 1976, elle n’a retiré ses troupes qu’en 2005 sous la pression populaire libanaise, suite à l’assassinat de Rafic Hariri. Mis en cause dans cet attentat, le régime syrien s’oppose à la création d’un tribunal international et est accusé de faire entrer des armes et des combattants au Liban, et d’être derrière la série d’attentats qui frappe le pays depuis 2005.

Qui sont les différents protagonistes libanais?
La majorité pro-occidentale rejette toute interférence de la Syrie au Liban, demande le désarmement du Hezbollah et la création d’un tribunal international pour juger les assassins de Rafic Hariri. En face, l’opposition s’articule autour du Hezbollah et du général chrétien Michel Aoun. Soutenue par la Syrie et l’Iran, elle accuse le gouvernement de collaboration avec Israël et demande la formation d’un cabinet d’union nationale dans lequel elle détiendrait un droit de veto. Elle maintient depuis le 1er décembre un sit-in continu dans le centre de Beyrouth et a organisé des manifestations, dont une grève générale le 23 janvier qui a dégénéré en émeutes, faisant 6 morts et 110 blessés.

De notre correspondant à Beyrouth, David Hury