Violences xénophobes en Afrique du sud: «La situation sociale est explosive»

INTERVIEW Directeur adjoint du portail d’information «Africa Intelligence», Francis Soler réagit à la flambée de violences en Afrique du sud…

Propos recueillis par Vincent Vantighem

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Une manifestation à Johannesburg en Afrique du sud, ensanglantée depuis trois semaines par des violences xénophobes.
Une manifestation à Johannesburg en Afrique du sud, ensanglantée depuis trois semaines par des violences xénophobes. — AFP

Certains pays voisins ont affrété des bus pour rapatrier leurs ressortissants. Sept ans après des émeutes raciales qui avaient causé la mort d’une soixantaine de personnes, l’Afrique du sud est de nouveau la proie d’une flambée de violences.

Les faits: Violences xénophobes en Afrique du sud

Selon un dernier bilan, sept personnes ont été tuées ces derniers jours à Johannesburg et à Durban. Essentiellement des ressortissants des communautés étrangères installées depuis longtemps dans le pays de Nelson Mandela. Directeur adjoint du portail d’information «Africa Intelligence», Francis Soler décrypte la situation pour 20 Minutes

Comment expliquez-vous que l’Afrique du sud soit de nouveau le théâtre d’émeutes raciales?

Ce n’est pas nouveau. Il s’agit d’un phénomène récurrent qui touche ce pays car la situation sociale y est explosive. Les violences touchent essentiellement les ressortissants des pays voisins installés sur place. Pour la plupart, les victimes sont des compagnons de pauvreté des sud africains installés dans les townships. Tout simplement parce qu’ils se retrouvent en concurrence avec les sud africains pour avoir accès aux droits classiques que sont l’eau, la terre et l’emploi.

Le pouvoir en place n’a donc pas réglé ces problèmes?

Non. Les inégalités persistent. Il y a bien une communauté noire moyenne qui s’est développée. Mais il ne s’agit que d’une fine pellicule qui dissimule un gros contingent de pauvreté dans le pays. Les immigrés d’autres pays deviennent donc une cible privilégiée pour eux. Ce sont les cibles de la frustration.

Des centaines d'étrangers attendent la visite du président Zuma le 18 avril 2015 dans le camp de Chatsworth, au sud de Durban - RAJESH JANTILAL AFP


Jacob Zuma, le président, a mis beaucoup de temps à réagir à ces violences. Pourquoi?

Le pouvoir politique a une part de responsabilité dans cette crise. Tout simplement parce que la classe dirigeante a une sorte de réflexe de protection de sa propre situation. Le fils du président Zuma a lui-même expliqué que l’Afrique du sud ne pouvait pas accueillir tous les immigrés des pays voisins. Jacob Zuma a mis plusieurs jours à se démarquer de cette position et a dénoncé les violences.

Le président sud-africain Jacob Zuma à Pretoria le 8 avril 2015 - STEFAN HEUNIS AFP


N’est-ce pas surprenant dans un pays tel que l’Afrique du sud?

Oui c’est assez surprenant. Car toutes ces personnes sont des héritiers ou des descendants de l’ANC (African National Congress, le parti de Nelson Mandela interdit durant l’Apartheid). En tant que tels, ils ont bénéficié de l’aide internationale pendant des années. Ils devraient renvoyer l’ascenseur. Mais aujourd’hui, ils ne pensent d’abord qu’à leur propre intérêt économique et politique.