Auschwitz: Le comptable jugé 70 ans après en Allemagne

JUSTICE Il pourrait être le dernier soldat du IIIe Reich à répondre des crimes du nazisme...

20 Minutes avec agences
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L'entrée de l'ancien camp de concentration nazi d'Auschwitz-Birkenau à Oswiecim, en Pologne, le 25 janvier 2015
L'entrée de l'ancien camp de concentration nazi d'Auschwitz-Birkenau à Oswiecim, en Pologne, le 25 janvier 2015 — Joël Saget AFP

L'ancien comptable d'Auschwitz comparaîtra, à partir de mardi et jusqu'à la fin du mois de juillet, en Allemagne. Oskar Gröning, qui aura 94 ans le 10 juin, sera jugé pour «complicité de meurtres aggravés» par le tribunal de Lunebourg [nord]. On l'accuse d'avoir contribué à l'envoi dans les chambres à gaz de 300.000 Juifs hongrois déportés au printemps 1944 vers le camp d'Auschwitz, en Pologne occupée, devenu le symbole mondial de la Shoah.

Son procès, 70 ans après la libération des camps de concentration et d'extermination, est le dernier prévu d'un ancien nazi. Ceci alors qu'une douzaine d'enquêtes préliminaires sont en cours en Allemagne et que leurs chances d'aboutir sont compromises par l'âge des suspects.

Un «rouage» de l'extermination

Engagé dans les Waffen SS en 1941, transféré dans l'administration d'Auschwitz en 1942, Gröning jure n'avoir «jamais donné une gifle» à quiconque. L'accusation ne lui reproche d'ailleurs aucune violence directe, mais le dépeint en «rouage» de l'extermination.

On lui reproche d'avoir trié les devises des déportés pour les envoyer à Berlin et d'avoir assisté au moins une fois à la «sélection» séparant, à l'entrée du camp, les déportés jugés aptes au travail de ceux qui étaient immédiatement tués. En «gardant les bagages» du précédent convoi pour les soustraire aux yeux des nouveaux arrivants, le jeune sergent a évité un mouvement de panique et sciemment favorisé une mise à mort sans heurts, affirme le parquet.

6.656 condamnations prononcées depuis 1945

Reste que sa mise en cause tardive confirme la rupture avec la ligne des tribunaux allemands pendant des décennies, souvent jugée trop indulgente. En effet, faute d'introduction dans la loi des «crimes contre l'humanité», les juges ont longtemps exigé la preuve d'une participation directe à un crime, et ne condamnaient pour «meurtre aggravé» que les accusés ayant tué de leur propre chef ou avec une cruauté particulière. Les autres étaient jugés pour «complicité».

Ainsi, selon l'historien Andreas Sander, seules 6.656 condamnations ont été prononcées depuis 1945, sur des fondements allant de la «dénonciation mensongère» au «meurtre», avec 91% de peines inférieures à 5 ans de prison. Quelque 1,1 million de personnes, dont environ un million de juifs d'Europe, ont péri entre 1940 et 1945 dans le camp d'Auschwitz-Birkenau.