Bateaux de migrants: Que peut faire l’Europe pour éviter les drames?

MONDE L’Union européenne semble démunie face aux arrivées massives de migrants clandestins. Mais a-t-elle la volonté politique d’agir?...

Audrey Chauvet

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Illustration de migrants sauvés par les gardes côtes italiens début avril 2015.
Illustration de migrants sauvés par les gardes côtes italiens début avril 2015. — SIPA

La Méditerranée est en passe de devenir un cimetière de migrants. Ce dimanche, un bateau transportant plus de 400 personnes a fait naufrage au large de l’Italie, allongeant la déjà longue liste des migrants clandestins échoués en mer. Face aux drames qui se succèdent, l’Europe déploie des opérations qui, de Mare Nostrum à Triton, ne semblent pas capables de résoudre le problème.

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Si les flux de migrants en provenance de pays enlisés dans des conflits armés, comme la Syrie ou la Libye, sont en hausse, le problème vient surtout d’une «crise de gouvernance au sein de l’Union européenne», estime Sarah Wolff, maître de conférences à Queen Mary University de Londres, spécialiste de la politique migratoire de l'Union Européenne. «On prend des mesures qui ne sont pas à la hauteur et les pays du sud de l’Europe, qui sont en première ligne, n’ont pas les moyens de mettre en place des capacités énormes de contrôle. Face à eux, les pays du nord de l’Europe estiment que la majorité des immigrants arrivent par les aéroports avec des visas Schengen et qu’ils font déjà leur part du travail sur leur territoire.»

Des accords déséquilibrés?

Ce ne serait pas la première fois que l’Europe peine à se mettre d’accord sur une politique extérieure commune. Encore balbutiante, la diplomatie à l’échelle européenne pourrait pourtant permettre de dialoguer avec les pays du pourtour méditerranéen. «La diplomatie pourrait être utilisée pour trouver des accords migratoires, estime Sarah Wolff. Mais elle serait néanmoins contrainte par le fait que les Etats membres ne veulent pas ouvrir la porte de l’immigration légale.» Ainsi, en juin 2013 l’Union européenne a signé avec le Maroc un «partenariat pour la mobilité» censé permettre au Maroc de mieux lutter contre l’immigration clandestine en échange de l’octroi simplifié de visas pour ses ressortissants.

Mais pour la Cimade, association qui défend les droits des migrants et réfugiés, ce type d’accord «est toujours à l’avantage des Etats membres de l’UE» qui «cherchent à renvoyer le plus facilement possible des personnes en situation irrégulière sur leur territoire» et n’accordent des visas «de court séjour qu’à une catégorie très restreinte de la population» marocaine. La Cimade estime que ces accords ne font que repousser le problème des migrants, transformant des pays de transit comme le Maroc en «garde-frontière de l’UE». «Ouvrir les portes de l’immigration légale en Europe éviterait que les gens meurent, mais vu le contexte en France ou ailleurs, ce n’est pas facile», reconnaît Sarah Wolff.

Libye, Syrie… Les conflits gonflent les rangs des migrants

Ce mercredi, le ministre de l'Intérieur français Bernard Cazeneuve a appelé à une «une politique européenne de l'asile», tandis que le ministre des Affaires étrangères italien demandait à l'UE un soutien financier accru aux opérations de secours des migrants en Méditerranée et de «travailler sur les régions d'origine» de la crise migratoire, citant «la Syrie, la Corne de l'Afrique, la zone Mali-Niger-Centrafrique». «La crise va plus loin que la question migratoire, estime la spécialiste. Il faudrait avoir une approche stratégique et sécuritaire vis-à-vis de la Libye et faire en sorte qu’il y ait là-bas un Etat. Quant à la Syrie, il est important d’ouvrir des moyens d’accès et une immigration humanitaire pour les réfugiés.» Une idée difficile à faire passer dans les politiques intérieures des Etats membres. «On n’arrive pas à changer le discours autour de l’immigration perçue négativement», déplore Sarah Wolff.