Un an après, que sont devenues les 276 lycéennes enlevées par Boko Haram?

MONDE Si 57 des lycéennes enlevées il y a un an ont pu séchapper ou ont été libérées, 219 demeurent portées disparues aujourd'hui...

Bérénice Dubuc

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Lundi 13 avril, lors d'une manifestation silencieuse à Abuja (Nigeria), des Nigérians demandent au gouvernement de secourir les jeunes filles enlevées un an plus tôt.
Lundi 13 avril, lors d'une manifestation silencieuse à Abuja (Nigeria), des Nigérians demandent au gouvernement de secourir les jeunes filles enlevées un an plus tôt. — Sunday Alamba/AP/SIPA

Leur enlèvement avait suscité une indignation mondiale. Le 14 avril 2014, 276 lycéennes étaient victimes d'un rapt à Chibok, dans l'Etat de Borno, fief de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria. Malgré une mobilisation internationale -via la campagne #bringbackourgirls mais aussi dans les recherches entreprises-un an après, 219 d’entre elles sont toujours portées disparues.

Parmi les 57 autres, «la plupart se sont échappées dans les heures ou les semaines qui ont suivi le rapt, par leurs propres moyens -parce qu’elles en ont eu le courage, ont saisi l’opportunité de le faire-, et quelques-unes ont été libérées -on ignore pour quelles raisons. Mais ce qui est notable, c’est qu’à ce jour, aucune n’a été libérée par les forces nigérianes», martèle Anneke Van Woudenberg, directrice du plaidoyer pour la division Afrique de Human Rights Watch.

«On ignore si elles sont toutes encore vivantes»

Et, «un an après leur enlèvement et trois sommets internationaux, nous avons toujours très peu d’informations sur le devenir des 219 autres lycéennes», explique Aymeric Elluin, chargé de campagne Armes et Impunité chez Amnesty International France. «On ignore même si elles sont toutes encore vivantes, si certaines se sont échappées, ont été rattrapées et tuées… Il serait possible qu’elles aient été séparées en plusieurs groupes, et certaines se trouveraient autour du lac Tchad, au Tchad même également.»

Dans une vidéo, le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau avait indiqué que toutes les jeunes filles avaient été mariées de force à ses soldats après leur conversion à l’islam. «Ces filles et ces femmes connaissent une vie terrible en captivité, forcées de se convertir, mariées de force à leurs kidnappeurs, probablement violées et battues», souligne Anneke Van Woudenberg.

«Il y a des centaines et des centaines d'autres jeunes femmes aux mains de Boko Haram»

Mais ce n'est pas tout. D’autres ont pu être utilisées comme combattantes, ont été initiées au combat, au tir, au maniement d’explosifs…, indique Aymeric Elluin. Car, si l’attention internationale s’est focalisée sur les lycéennes de Chibok, ce sont plus de 2.000 femmes et jeunes filles qui ont été enlevées par le groupe islamiste depuis début 2014, selon le décompte établi par Amnesty International dans un rapport publié ce mardi et intitulé Notre métier est d’abattre, de massacrer et de tuer: Boko Haram fait régner la terreur. «Elles sont peut-être même plus, compte tenu du conflit, qui est toujours aujourd’hui en évolution et qui peut faire gonfler ce chiffre», ajoute Aymeric Elluin.

«Il y a des centaines et des centaines d’autres jeunes femmes aux mains de Boko Haram», confirme Anneke Van Woudenberg, confirmant que  des filles et des femmes enlevées sont utilisées par Boko Haram lors d’opérations militaires, et que HRW a également documenté des cas de captives utilisées comme kamikazes: «L’un des derniers cas que nous avons pu documenter est une jeune femme de 16 ans, qui avait été enlevée en novembre 2013, et qui a été utilisée comme kamikaze en décembre. Cependant, on ne sait pas si cela a été le cas pour des filles de Chibok.»

Stigmatisées

Autre rumeur, l’exécution d’une centaine de captives lors des derniers affrontements à Damask, dans le nord de l'état de Borno. «Parmi elles, il y aurait eu des captives de Chibok. Mais HRW n’a pas pu confirmer cette information.»

Et, même lorsqu’elles ont réussi à fuir, la vie de ces jeunes femmes reste très difficile. «Une majorité de celles de Chibok ont pu bénéficier de bourse pour étudier, mais ce n’est pas le cas de toutes les autres, reprend Anneke Van Woudenberg: la plupart n’ont pas pu rentrer chez elles, stigmatisées et rejetées par leur communauté car considérées comme des “femmes de Boko Haram“.» Dans une région très conservatrice, où l’on ne parle pas des violences sexuelles, sans soutien médical ni assistance psycho-sociale, difficile de s’en sortir et de retrouver un semblant de vie normale.