Pape et génocide arménien: La Turquie rappelle son ambassadeur au Vatican

DIPLOMATIE Le souverain pontife a pour la première fois parlé de «génocide arménien», au grand dam du pouvoir turc...

20 Minutes avec AFP

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Le pape François au Vatican le 10 avril 2015.
Le pape François au Vatican le 10 avril 2015. — Tony Gentile/AP/SIPA

Le pape n'est peut-être plus en odeur de sainteté à Ankara... La Turquie a annoncé ce dimanche qu'elle rappelait pour consultations son ambassadeur au Vatican, après les déclarations du pape qui a employé, pour la première fois, le terme de «génocide» à propos des massacres des Arméniens il y a 100 ans.

«Notre ambassadeur au Vatican, M. Mehmet Pacaci, est rappelé en Turquie pour consultations», a déclaré dans un communiqué le ministère des Affaires étrangères turc, après avoir convoqué le représentant du Vatican à Ankara.

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Réaffirmant les propos tenus un peu plus tôt par le ministre des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, le ministère a estimé que les déclarations du pape étaient «incompatibles avec des faits historiques et légaux». Il a accusé le pape François d'avoir un «point de vue sélectif» de l'époque de la Première Guerre mondiale, d'«ignorer les atrocités endurées par les Turcs et les musulmans qui ont perdu la vie», et de ne se consacrer qu'aux chrétiens, et surtout aux Arméniens.

Le pape en Turquie il y a quelques mois seulement

Le ministère a ajouté que les propos du pape constituaient une «sérieuse déviation» par rapport au message de paix et de réconciliation qu'il avait transmis lors de sa visite en Turquie en novembre dernier. «Nos opinions sur ce sujet ont été clairement énoncées quand le représentant du Vatican a été convié à notre ministère aujourd'hui» dimanche, toujours selon le communiqué.

«Lire ces événements douloureux de façon partiale est inapproprié de la part du pape et l'autorité qu'il représente», a appuyé dimanche soir le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu.

«Premier génocide du XXe siècle»

Citant un document, signé en 2001 par le pape Jean Paul II et le patriarche des Arméniens, François a qualifié les massacres des Arméniens de «premier génocide du XXe siècle». La Turquie a toujours récusé le qualificatif de «génocide» et n'a à ce jour pas manifesté l'intention de changer de position à l'occasion du centenaire des massacres qui avaient débuté le 24 avril 1915.

Les Arméniens estiment que 1,5 million des leurs ont été tués de manière systématique à la fin de l'empire ottoman. Nombre d'historiens et plus d'une vingtaine de pays, dont la France, l'Italie et la Russie, ont reconnu un génocide. La Turquie affirme pour sa part qu'il s'agissait d'une guerre civile, doublée d'une famine, dans laquelle 300 à 500.000 Arméniens et autant de Turcs ont trouvé la mort.