Archives du Rwanda: «Les documents de La Défense et du Quai d’Orsay doivent aussi être déclassifiés»

MONDE Emmanuel Daoud, avocat de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme, revient sur la décision de l’Elysée…

Propos recueillis par William Molinié

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Me Emmanuel Daoud. Photo d'illustration.
Me Emmanuel Daoud. Photo d'illustration. — Stephane de Sakutin afp.com

Un effet d’annonce? L’Elysée a déclassifié mardi les archives de la présidence française sur le Rwanda pour la période de 1990 à 1995. Au lendemain de cette décision, les associations et les experts restent prudents et minimisent la portée de la décision. Explications avec Emmanuel Daoud, avocat de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH)…

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Pourquoi ne vous réjouissez-vous pas de la déclassification des documents de l’Elysée sur le génocide rwandais?

Si, tout de même, c’est une excellente nouvelle. Et courageuse. Mais le plus important est la mise à disposition des documents secret-défense qui se trouvent au ministère de la Défense et au Quai d’Orsay. Car les éléments qui permettraient de connaître le rôle de la France dans ce conflit, comme ceux de l’opération turquoise, s’y trouvent. Il est insupportable de rester dans l’ignorance. On doit cette vérité, quelle qu’elle soit, aux rescapés et aux proches de 800.000 victimes. Les autorités françaises ont-elles oui ou non donné des ordres pour s’interposer entre les Hutus et les Tutsis?

Pensez-vous que les éléments de l’Elysée permettent d’y répondre?

Je ne sais pas quel est le contenu de ces documents. Mais je pense qu’on a certainement d’ores et déjà procédé à l’inventaire des pièces qui s’y trouvent.

Vous pensez que les services de l’Elysée ont détruit des pièces?

Non. Mais si l’on part du principe que l’on a affaire à des professionnels, l’Elysée a peut-être décidé de procéder à la déclassification de ces documents car ils étaient sans risque. Je vois mal l’Elysée ne pas faire ce travail d’inventaire. On aura toujours le poison du doute quant à la réalité de ce qu’a été le rôle de la France. Il faut avoir accès au reste de ces documents pour sortir de ce procès, toujours à l’instruction, où l’armée est accusée d’être complice.

La justice française a une vingtaine de dossiers liés au Rwanda. Un procès est audiencé pour mai et juin 2016. Les documents de la présidence vont-ils servir?

Je pense que les juges d’instruction vont demander à ce qu’on leur remette ces pièces. Les parties civiles pourront y avoir accès. Des télégrammes, des notes entre les ministères, des circulaires… On va pouvoir comprendre à quel moment les autorités ont compris qu’un génocide était en train de se dérouler sous leurs yeux. Mais encore une fois, pour comprendre le rôle de l’armée, il faut attendre que les documents du Quai d’Orsay et de La Défense cessent d’être classés secret-défense.