Etats-Unis: La mort de Walter Scott risque d'embraser le pays si le policier était «disculpé»

DECRYPTAGE Le meurtre de Walter Scott, un Afro-Américain de 50 ans, de la main d’un policier blanc ne devrait, pour l’heure, pas mener à un nouvel embrasement sur la question raciale...

Bérénice Dubuc

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Le révérend Arthur Prioleau brandit une pancarte indiquant: «Combien d'autres encore?» lors d'une manifestation devant la mairie de North Charleston, en Caroline du Sud, le 8 avril 2015, après la mort de Walter Scott, abattu par un policier blanc.
Le révérend Arthur Prioleau brandit une pancarte indiquant: «Combien d'autres encore?» lors d'une manifestation devant la mairie de North Charleston, en Caroline du Sud, le 8 avril 2015, après la mort de Walter Scott, abattu par un policier blanc. — Chuck Burton/AP/SIPA

Un énième fait divers ayant pour issue la mort d’un homme noir de la main d’un policier blanc. Samedi, Michael Slager, un policier blanc de North Charleston, en Caroline du Sud (Etats-Unis) a tiré à huit reprises sur Walter Scott, dans le dos, après un banal contrôle routier. Ce type de faits divers s’accumule depuis plusieurs mois -mort de Michael Brown à Ferguson (Missouri), du jeune Tamir Rice à Cleveland, ou d’Eric Garner à Staten Island-, provoquant des manifestations pour dénoncer les violences policières à l'encontre des noirs.

Cette nouvelle affaire ne devrait pas provoquer d’embrasement sur la question raciale. Michael Slager a été arrêté et mis en examen pour meurtre quasi immédiatement. Un motif d’apaisement, selon James Cohen, professeur à l’université Paris III Sorbonne Nouvelle. «Ce type de faits divers à répétition braque tellement le projecteur sur ce problème que les autorités sont obligées de réagir. Elles ont dû comprendre qu’elles feraient face à une protestation forte si elles ne prenaient pas les mesures adéquates.»

«Pas de mise en accusation de la justice»

Et de souligner que les multiples enquêtes en cours tendent à montrer que les autorités, jusqu’à l’Etat fédéral, ont pris la mesure du problème. Elles «sont présentes et veillent». «Dans cette affaire, et contrairement à Ferguson, il n’y a pas, pour l’heure, de mise en accusation de la justice, abonde Thomas Snegaroff, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Or, les grands mouvements et les émeutes raciales résultent souvent d’un dérapage de la police blanche suivi d’une justice partiale, qui ne punit pas.»

En effet, à Ferguson, Darren Wilson n'a finalement pas été poursuivi en justice, faute de preuves, attisant la colère de la communauté noire et des militants des droits civiques. «Pour l’instant, à North Charleston on ne peut pas avoir cette suspicion. Mais il faudra suivre le procès, c’est là que tout va se jouer. Il y aura un vrai risque d’embrasement si la justice venait à disculper le policier.»

Revendication de transparence

James Cohen reprend: «La réaction rapide des autorités est peut-être aussi le signe que le mouvement qui se développe depuis plusieurs mois commence à produire des effets.» Ce mouvement, qui a commencé à se manifester après Ferguson rappelle-t-il, «revendique la transparence, et le port de caméras par les policiers eux-mêmes ou le fait pour les citoyens de filmer les policiers en action pour ce faire».

Mais la multiplication des caméras embarquées -comme l’a recommandé Barack Obama après Ferguson- n’est «pas la réponse à ce problème sociétal profond», selon Thomas Snegaroff. Il rappelle ainsi que les voitures de police américaines sont équipées de caméras, ce qui n’empêche pas les bavures. Le fait qu’un passant filme Eric Garner suffocant n’a pas arrêté les policiers à Staten Island.

«Les racines du mal sont beaucoup plus profondes: ce sont des préjugés raciaux d’une société blanche qui n’a pas vraiment réglé la question de l’esclavage -étrangeté de voir un noir dans une Mercedes, mythe du géant noir, baraqué, qui déclenche une peur panique chez le blanc…-, mais aussi un climat anxiogène permanent du fait de l’autorisation du port d’arme», énumère le spécialiste. Pour lui, «l’un des enjeux de demain sera que la police ressemble à la population qu’elle sert et surveille. Il faut que sociologiquement et racialement, elle lui ressemble. Ce sera un premier pas même si ce ne sera certainement pas une solution magique.»