Conflit au Yémen: La population est «totalement démunie»

DECRYPTAGE Après près de deux semaines de raids aériens et de violents combats, les Yéménites vivent une situation humanitaire catastrophique...

Bérénice Dubuc

— 

De la fumée s'échappe d'un dépôt d'armes visé par un raid aérien, à Aden, le 28 mars 2015.
De la fumée s'échappe d'un dépôt d'armes visé par un raid aérien, à Aden, le 28 mars 2015. — AFP

Depuis le 26 mars, le Yémen est soumis aux bombardements de la coalition menée par l’Arabie Saoudite, qui soutient le président Abd Rabbo Mansour Hadi face aux rebelles Houthis, soutenus par l'Iran. Ces raids s’accompagnent de violents combats dans les villes du sud du pays, mettant la population, déjà très pauvre, dans une situation humanitaire catastrophique.

Quelle est la situation au Yémen?

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a annoncé qu'au moins 540 personnes ont été tuées et 1.700 blessées depuis le 19 mars. Et, malgré les frappes aériennes, les Houthis ont progressé ce week-end dans Aden. En réponse, les forces navales de la coalition sont entrées en action, bombardant plusieurs positions rebelles à Aden. De nouveaux raids ont aussi eu lieu sur la base aérienne d'Al-Anad, contrôlée par les rebelles dans la province de Lahj, plus au nord, et des tribus et des combattants pro-Hadi encerclaient aussi mardi une position rebelle dans la région de Loder.

Ces violences touchent également les civils…

Les Houthis ont bombardé des zones résidentielles à Aden, ce qui a poussé des dizaines de familles à fuir, et les raids de la coalition ont touché -ou visé, on l’ignore- beaucoup d’infrastructures civiles (entrepôts, laiterie, réseaux d'approvisionnement en eau, …). A Aden, où «la guerre a gagné tous les coins de la ville», «la situation est catastrophique», selon Marie-Claire Feghali, la porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Sanaa. Faute d'approvisionnement en médicaments et en matériel médical, les hôpitaux et cliniques ne peuvent plus soigner les centaines de blessés qui affluent.

Et du point de vue économique?

«Avant le conflit, plus de la moitié de la population était en situation d’insécurité alimentaire, et 1,5 million d’enfants avaient besoin d’une assistance nutritionnelle», explique Vincent Taillandier, directeur des opérations d’Action contre la faim (ACF), présent dans le pays depuis 2012. «Depuis le début des frappes, le pays est isolé par un blocus, empêchant les importations alors que le Yémen dépend à 90% de l’importation de ses produits alimentaires.» Certains se font rares sur les marchés -on commence même à voir des pénuries de carburant et d'eau.

Dans quelle situation sont les civils ayant fui combats et bombardements?

«Il y a plusieurs dizaines de milliers de déplacés, de plus ou moins longue distance», note Vincent Taillandier d’après les retours des équipes d’ACF sur le terrain. L'Unicef estime que plus de 100.000 personnes ont été déplacées en raison de la guerre. «Ils sont totalement démunis et totalement dépendants de l’aide humanitaire», indique Vincent Taillandier. Mais, pour l’heure, l’aide humanitaire (produits, spécialistes…) ne peut pas arriver jusqu’à eux, rendant leur situation encore plus préoccupante. Les ONG, comme ACF utilisent leurs stocks, mais risquent d’arriver à court, d’autant plus que l’ampleur des besoins augmente.

Un accord peut-il être trouvé pour acheminer l’aide?

Samedi, le CICR a lancé un appel à une trêve humanitaire de 24 heures afin d'apporter un soutien médical à la population, qui n’a pas été entendu. Ce mardi, un premier avion transportant du personnel médical du CICR est arrivé à Sanaa, la capitale, et un avion-cargo chargé d'aide médicale, en attente à Amman (Jordanie), devrait très bientôt décoller. «Actuellement, tout se négocie au cas par cas. C’est très inquiétant, après 12 jours de conflit, qu’il n’y ait toujours pas d’accord pour qu’une coalition civilo-militaire puisse entrer pour aider les victimes du conflit», s’alarme Vincent Taillandier, appelant le Conseil de sécurité de l’ONU à adopter une résolution pour faire respecter le droit international humanitaire.