Peine de mort: Le nombre d’exécutions dans le monde a baissé en 2014

JUSTICE Le rapport annuel d’Amnesty International souligne la baisse globale des exécutions à mort…

Propos recueillis par Laure Cometti

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Une salle d'exécution dans une prison de l'Oklahoma, aux Etats-Unis.
Une salle d'exécution dans une prison de l'Oklahoma, aux Etats-Unis. — Sue Ogrocki/AP/SIPA

Plus de condamnations, mais moins d’exécutions. C’est le bilan dressé par l’ONG Amnesty International qui publie ce mercredi son rapport annuel sur la peine de mort dans le monde. Un paradoxe qu'analyse pour 20 Minutes Anne Denis, responsable de la commission Abolition de la peine de mort à Amnesty International France.

Quels sont les chiffres clés de la peine de mort en 2014?

Sans compter la Chine, pays pour lequel nous n'avons pas de chiffres officiels mais où 55 délits sont passibles de la peine capitale, au moins 607 personnes ont été exécutées dans 22 pays au cours de l’année 2014. Cela représente une baisse de près de 22% par rapport à 2013. C’est en Chine, en Iran, en Arabie saoudite, en Irak et aux États-Unis que l’on exécute le plus de condamnés (dans cet ordre). Au total, 22 pays ont procédé à des exécutions en 2014, un chiffre stable par rapport à l’année précédente.

Notons que dans certains pays, les données concernant les exécutions sont classées «secret d’Etat», ce qui entrave notre travail d'estimation. C’est notamment le cas en Chine, en Corée du Nord, au Vietnam et en Malaisie. En Syrie ou en Irak, le nombre officiel d’exécutions a beau être en baisse, il est difficile d’estimer le montant réel étant donné la situation politique très instable de ces pays. 

Quels sont les pays qui s'engagent dans la voie de l'abolition?

Madagascar et le Surinam ont adopté des projets de loi abolissant la peine de mort. Aux îles Fidji, la peine capitale a été supprimée du Code pénal. Lors de l’Assemblée générale de l’ONU pour un moratoire sur les exécutions, le 21 novembre 2014, 117 pays ont voté en faveur d’une résolution sur l'abolition de la peine de mort, c'est un record.

Comment expliquer la hausse du nombre de condamnations à mort?

Nous avons recensé 2.466 condamnations à mort en 2014, dans 55 pays [+ 28 % par rapport à 2013]. Cette hausse est en grande partie due à l’explosion des condamnations à mort en Egypte et au Nigeria, qui ont condamné respectivement 509 et 659 individus à la peine capitale. En Egypte, les procès collectifs des pro-Morsi sont en partie responsables de cette hausse. Au Nigeria, de nombreux soldats ont été condamnés à mort pour «mutinerie», une façon pour le pouvoir de juguler les protestations au sein de l'armée.

Observe-t-on un retour en arrière dans certains pays?

Malgré une tendance globale à l’abolition, on peut souligner le contre-exemple de la Jordanie. En décembre 2014, 11 personnes ont été exécutées, après une interruption des exécutions pendant huit ans. En outre, début février 2015, la Jordanie a exécuté deux Irakiens accusés d'être des djihadistes, en guise de représailles après l'immolation d'un pilote jordanien par le groupe terroriste Etat islamique. 

Au Pakistan, le moratoire sur la peine de mort a été totalement levé début mars 2015, après l'avoir été partiellement suite à l'attentat de Peshawar. 

Au-delà des chiffres, observe-t-on des changements notables dans les pays qui pratiquent la peine de mort?

Aux Etats-Unis, la société civile continue de faire pression pour l'abolition totale de la peine de mort. L'entreprise pharmaceutique Akorn a ainsi décidé de ne plus fournir de substances létales pour les exécutions de prisonniers.

En Chine, les autorités ont annoncé qu'une nouvelle loi, entrée en vigueur le 1er janvier 2015, interdisait désormais de prélever les organes des exécutés pour des transplantations chirurgicales, comme c'était le cas jusqu'à présent.