Le testament libanais de Chirac à Sarkozy

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Jacques Chirac adore le Liban. Il l'a encore montré hier, en présentant à Nicolas Sarkozy Saad Hariri, le fils cadet de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri. « Le tropisme libanais de Chirac est lié à son amitié pour cette famille », explique Joseph Bahout, de l'Institut d'études politiques de Paris. Mais depuis l'assassinat de son ami en février 2005, le Liban et la création d'un tribunal international chargé de juger les commanditaires de l'attentat sont une obsession pour le Président.

Initiateur de l'idée d'un tribunal international auprès de l'ONU, Chirac passerait, selon des sources bien informées, 70 % de son temps sur le dossier. Il se serait engagé, en privé, à ce que tous les responsables de l'attentat siègent dans le box des accusés avant la fin de son mandat. C'est loin d'être le cas. Au Liban, l'opposition, emmenée par le Hezbollah et le général Michel Aoun, a fait du refus du tribunal un principe. Son bras de fer avec le gouvernement de Fouad Siniora paralyse le pays.

Chirac pousse donc le Conseil de sécurité à adopter une résolution contraignante pour l'instauration du tribunal. Objectif : venger son ami. L'affaire est personnelle, il ne s'en cache pas. En quittant l'Elysée, il s'installera dans un appartement prêté par la famille Hariri, ce qui consterne le Quai d'Orsay. Dans ce contexte, pas étonnant que Saad Hariri soit le premier représentant étranger qu'il présente à Nicolas Sarkozy. La question est maintenant de savoir si ce dernier s'inscrira dans la continuité de Chirac. Difficile pour Christophe Boltanski, auteur, avec Eric Aeschimann, de Chirac d'Arabie (Grasset), « jamais politique étrangère n'avait été aussi indexée sur les hommes ».