Yémen: Tout comprendre à l’intervention militaire lancée par 10 pays

DECRYPTAGE Motivations politiques, contexte, pays participants... Passage en revue de l’opération «Tempête de fermeté» menée par Riyad…

B.D.

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Photo d'archives prise le 1er janvier 2013 d'avions de combat saoudiens lors d'une cérémonie à la King Faisal Air Academy (KFAA), à Riyad. AFP PHOTO / FAYEZ NURELDINE
Photo d'archives prise le 1er janvier 2013 d'avions de combat saoudiens lors d'une cérémonie à la King Faisal Air Academy (KFAA), à Riyad. AFP PHOTO / FAYEZ NURELDINE — AFP

L'Arabie saoudite a lancé dans la nuit de mercredi à ce jeudi une opération militaire au Yémen, baptisée «Tempête de fermeté». Quelles sont les raisons pour lesquelles Riyad a lancé cette intervention, avec quels partenaires et quelle forme prend-elle? Eléments de réponse.

A qui profite le chaos au Yémen?

Pourquoi Riyad intervient au Yémen?

Ces dernières semaines, la crise s'est envenimée: la milice chiite des Houtis -qui s’est emparée de la capitale et du pouvoir depuis septembre- a effectué une progression fulgurante en direction d'Aden, poussant le président Abd Rabbo Mansour Hadi, reconnu par la communauté internationale et soutenu par l’Arabie Saoudite sunnite, à réclamer une intervention militaire étrangère.

Riyad voit dans cette crise un signe de plus de la tentative de l'Iran -chiite- de reprendre la main sur la région (bien que Téhéran a nié tout rôle dans la crise), alors que son influence est déjà croissante en Irak, en Syrie et au Liban, ainsi qu'au sein du mouvement de contestation chiite à Bahreïn. De plus, il devait agir pour éviter que le détroit stratégique de Bab Al-Mandeb, entre la mer Rouge et le Golfe d'Aden, ne passe sous le contrôle des Houtis. Riyad argue aussi que la milice Houthi «contrôle ou pourrait contrôler des missiles balistiques, des armes lourdes et une force aérienne».

Qui y participe?

Cette opération militaire implique «plus de 10 pays», selon Riyad. Parmi eux, tous les pays du Conseil de coopération du Golfe (Arabie saoudite, Qatar, Koweït, Bahreïn et Emirats arabes unis) sauf Oman. Les Saoudiens ont annoncé que l'Egypte, le Maroc, la Jordanie et le Pakistan -alliés stratégiques de Riyad -, mais aussi le Soudan – traditionnellement allié de l’Iran- s'étaient portés volontaires.

La Jordanie et l'Egypte ont confirmé leur participation, à l’inverse du Maroc, qui n’a fait qu’exprimer son «appui», et du Pakistan, qui a dit examiner la demande de Riyad d’y prendre part. Par ailleurs, les Etats-Unis, alliés du président yéménite Hadi dans la lutte contre l'organisation terroriste Al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa), ont annoncé fournir un soutien en logistique et en renseignement.

Quelle forme prend-elle?

L'Arabie saoudite a massé des forces (systèmes anti-aériens, artillerie, …) à sa frontière avec le Yémen, avant de lancer ses avions de combat pour bombarder plusieurs positions tenues par les Houthis dans la capitale Sanaa mais aussi à Al-Anad, dans le sud du pays. Selon la chaîne Al-Arabiya, Ryad a mobilisé 150.000 militaires et 10 avions de combat tandis que les Emirats arabes unis ont engagé 30 avions de combat, Bahreïn et Koweït 15 appareils chacun, le Qatar 10. La Jordanie doit engager six appareils.

En outre, quatre navires de guerre égyptiens sont entrés ce jeudi dans le canal de Suez, en route pour le Golfe d'Aden, stratégiquement important en raison de sa situation au sud de la mer rouge, et qu’ils vont «protéger». Une source officielle jordanienne a cependant refusé de commenter des informations de presse sur une possible intervention terrestre.

Comment est-elle perçue?

L'Iran a bien entendu condamné l’opération militaire, soulignant qu’elle faisait «perdre les chances d’un règlement pacifique des divergences internes au Yémen». Mohammad Javad Zarif, le ministre iranien des Affaires étrangères, a dénoncé une «démarche dangereuse» qui ne fera que «plus de morts», «créera plus de tensions dans la région et n'apportera aucun bénéfice à aucun pays». Il a ajouté que l’opération risquait de faire le jeu des djihadistes d’Aqpa et du groupe Etat islamique, qui a revendiqué sa première attaque au Yémen, qui a fait vendredi plus de 140 morts dans des mosquées à Sanaa.