Italie: Raffaele Sollecito, dans l’ombre d’Amanda Knox

JUSTICE Depuis 8 ans, l'Italien Raffaele Sollecito, lui aussi condamné dans le meurtre de Meredith Kercher, vit dans l'ombre de l'Américaine...

Bérénice Dubuc

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Raffaele Sollecito et sa nouvelle petite-amie, Greta Menegaldo (D), arrivent à la cour de Cassation, à Rome, le 25 mars 2015. (AP Photo/Massimo Percossi, Ansa)/ROM101/462092890766/ITALY OUT /1503251143
Raffaele Sollecito et sa nouvelle petite-amie, Greta Menegaldo (D), arrivent à la cour de Cassation, à Rome, le 25 mars 2015. (AP Photo/Massimo Percossi, Ansa)/ROM101/462092890766/ITALY OUT /1503251143 — Massimo Percossi/AP/SIPA

Un énième procès dans une saga judicaire de plus de 8 ans. Ce mercredi s’ouvre en Italie le procès en cassation de deux meurtriers de l'étudiante Britannique Meredith Kercher en 2007: l'Américaine Amanda Knox, colocataire de la victime, et son ex-fiancé italien Raffaele Sollecito, condamnés en première instance en 2009, puis acquittés en appel en 2011, avant que ce jugement ne soit annulé en 2013 par la Cour de cassation, entraînant une nouvelle condamnation par une cour d'appel fin janvier 2014.

A l'issue de l'audience ce mercredi, la cour peut décider de renvoyer Knox, Sollecito ou les deux devant une cour d'appel, ou de confirmer définitivement les deux condamnations. Amanda Knox, qui a trusté la couverture médiatique de l’affaire ces dernières années, est rentrée aux Etats-Unis en 2011 et sera donc absente ce mercredi. Reste Raffaele Sollecito, très peu mis en lumière depuis huit ans. L’image de lui la plus marquante? Celle le montrant, le lendemain du meurtre, embrassant Knox devant l’appartement où le corps de Meredith Kercher vient d’être retrouvé.

Pigeon

Car, contrairement à sa «compagne d’infortune», le jeune homme, originaire de Bari, n’a pas un fort charisme ou un «visage d’ange»: l’air discret, portant des lunettes et arborant une coupe de cheveux peu soignée, l’étudiant en informatique d’alors -qui a depuis obtenu son diplôme en prison- est vu par les médias comme un pigeon qui serait tombé entre les mains d’une femme fatale.

Mais, alors qu’il l’avait énergiquement défendue depuis des années -il a eu plusieurs fois l’occasion de passer un accord avec la justice italienne en incriminant Knox, mais ne l’a jamais fait estimant que «c’était la seule chose à faire» parce qu’il la croit «innocente» comme il l’expliquait en mai 2013 sur le plateau de l’émission américaine Today- l’Italien semble aujourd’hui vouloir se démarquer de son ex-petite amie.

Nouvelle défense

Si les peines étaient confirmées, Sollecito, interdit de quitter le territoire italien, retournerait en effet immédiatement en prison, pour purger le reste de ses 25 ans de réclusion. Mardi, lors d’une conférence de presse, celui qui aura 31 ans jeudi s'est clairement dissocié de son ex-petite amie. Sa nouvelle stratégie de défense vise à démontrer qu’il n'était pas avec elle au moment du crime et donc à dissocier leur sort judiciaire.

Ses avocats ont ainsi déposé auprès des juges un document de 306 pages, soulignant qu’il avait toujours expliqué n’avoir jamais quitté son domicile la nuit du meurtre et que les quelques jours pendant lesquels il a entretenu une relation avec Knox n’ont pas été suffisants pour nouer des «liens émotionnels forts et profonds» qui auraient pu l’inciter à commettre un acte criminel voulu par sa petite-amie. Ils soulignent également que si l’ADN de leur client a été retrouvé sur la scène du crime, il n’apparaît que sur une bretelle de soutien-gorge qu’ils jugent contaminée du fait de l'incompétence de la police.

Ce mercredi, Raffaele Sollecito est arrivé à la cour de Cassation accompagné de sa nouvelle petite amie, Greta Menegaldo. «Il n’y a aucun sens à être chez moi alors qu’ils sont sur le point de décider de mon destin, a-t-il expliqué au quotidien La Nazione. Je n’ai rien à cacher et rien dont je pourrais avoir honte. Ne pas me présenter à l'audience serait comme se cacher dans un angle de la maison en cas de tsunami: tu serais emporté de toute manière», a expliqué celui qui estime n’avoir «plus une vie à [lui] depuis huit ans» et aspire simplement à rentrer vivre à Bari, «retrouver une vie normale» et «se faire oublier le plus vite possible».