20 ans après, le Japon se souvient de l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo

JAPON L'attaque, perpétrée par les membres de la secte Aum, avait fait 13 morts et plus de 6.000 blessés...

Mathias Cena

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Un passager du métro de Tokyo soigné après l'attaque au gaz sarin, le 20 mars 1995.
Un passager du métro de Tokyo soigné après l'attaque au gaz sarin, le 20 mars 1995. — JUNJI KUROKAWA / AFP

Le 20 mars 1995, à l’heure de pointe matinale, cinq hommes montent dans le métro sur des lignes très fréquentées de la capitale japonaise. Chacun porte avec lui deux ou trois sacs en plastique enveloppés dans des journaux, et remplis de gaz sarin, une substance extrêmement volatile et toxique créée par des scientifiques sous le régime nazi en Allemagne à la fin des années 1930.

Alors que les trains convergent vers le cœur administratif de Tokyo, les membres de la secte Aum Vérité suprême laissent tomber à terre leurs paquets mortels et les percent avec la pointe de leur parapluie, avant de descendre du métro. Vers 8h15 du matin, de nombreux passagers commencent à ressentir les effets du gaz, respirant difficilement et saignant par le nez et par la bouche. L’attentat fera 13 morts et plus de 6.000 blessés parmi les passagers et les employés des transports, dont certains en portent toujours les séquelles aujourd’hui.

Un exercice de simulation d’une attaque dans le métro de Tokyo, début mars :

Vingt ans plus tard, les Japonais se souviennent et rendent hommage aux victimes au cours de commémorations à la station Kasumigaseki, centre névralgique du gouvernement japonais, au moment où s'était produite l’attaque terroriste. Shizue Takahashi, dont le mari est mort en nettoyant le sol d'un des trains visés, est venue déposer des fleurs et appeler les Japonais à se souvenir de cette part sombre de leur histoire: «Le danger existe et j'aimerais une plus grande sensibilisation de la société japonaise. Il est important de continuer à parler de cette attaque», déclare-t-elle dit aux médias.

Le gourou de la secte, Shoko Asahara, aujourd'hui âgé de 60 ans, et une douzaine de ses disciples ont été condamnés à mort pour divers crimes, dont l'attaque au sarin, mais aucun n'a encore été exécuté. Le dernier suspect, Katsuya Takahashi, dont le procès se tient actuellement, n’a été arrêté qu’en juin 2012.

D'anciens membres d'Aum regroupés dans deux nouvelles sectes

Selon les autorités judiciaires, Aum a commis cet attentat pour créer une situation de désordre visant à perturber les efforts de la police qui enquêtait sur ses pratiques, et dans le but ultime de concrétiser les prédictions apocalyptiques d'Asahara. Le gourou, un maître de yoga à moitié aveugle à grande barbe et cheveux longs à l'époque, avait réussi à attirer jusqu'à 10.000 fidèles. Lui-même avait été interpellé dans un bâtiment de la secte près du mont Fuji, deux mois après l'attentat de Tokyo.

Malgré de très nombreux témoignages, des livres (dont Underground, un document signé du romancier Haruki Murakami) et les procès qui ont abouti à la condamnation de quelque 200 membres d'Aum, les événements de 1995 restent entourés de mystère. Si Aum n’existe plus aujourd’hui, d’anciens membres, toujours sous l’emprise du gourou, se sont regroupées dans deux autres groupes nommés Aleph et Hikari no Wa (cercle de lumière), surveillés par les autorités. Les deux sectes compteraient plus de 1.500 membres.