Attaque au musée du Bardo: La Tunisie, premier fournisseur de djihadistes à Daesh

TERRORISME Vingt touristes ont été tués à Tunis ce mercredi midi au cours d'une attaque terroriste…

William Molinié

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Des membres des Forces spéciales tunisiennes sécurisent le musée Bardo à Tunis après une attaque terroriste, le 18 mars 2015
Des membres des Forces spéciales tunisiennes sécurisent le musée Bardo à Tunis après une attaque terroriste, le 18 mars 2015 — AFP
  • 3.000 djihadistes tunisiens ont rejoint les rangs de Daesh.
  • 500 sont revenus dans le pays.
  • La Tunisie est le premier contingent de volontaires étrangers au sein de l'Organisation de l'Etat islamique.

«Continuellement, des choses sur la Tunisie circulent.» Pas d’étonnement chez ce membre des services de renseignements ce mercredi après-midi, quelques heures après l’attaque au musée du Bardo à Tunis qui a fait 20 morts parmi les touristes selon les autorités tunisiennes. «La Tunisie est un foyer de djihadistes. C’est largement et longuement connu», poursuit-il auprès de 20 Minutes.

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La Tunisie est d’ailleurs le pays qui fournit le plus de djihadistes à l’organisation de l’Etat islamique. 3.000 ressortissants sont partis rejoindre les rangs de Daesh sur la zone irako-syrienne. Et 500 d’entre eux sont revenus. «Le retour de ces individus pose beaucoup de problèmes. C’est d’ailleurs pour cela qu’un projet de loi devait être débat à l’Assemblée nationale au même moment que l’attaque pour renforcer les capacités judiciaires», poursuit Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme (CAT) et spécialiste du terrorisme islamiste.

«C’était latent»

L’implantation en Tunisie de djihadistes résulte d’un triple front: les brigades liées à Al-Qaida venues du Sahara, les islamistes liés à Daesh qui combattent au sein de la branche libyenne Ansar al-Charia qui a des sympathisants dans le pays et les djihadistes revenus de Syrie et d’Irak. «Une branche tunisienne de Al-Qaida au Maghreb islamique, Okba Ibn Nafaa, a lancé il y a quelques heures des appels à commettre des attaques dans le pays», ajoute Jean-Charles Brisard. Mercredi en fin d’après-midi, le groupe lié à cette attaque n’était pas connu.

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«Tous les analystes s’inquiétaient depuis plusieurs mois de la situation en Tunisie. Il pouvait se passer quelque chose de grave, c’était latent», ajoute Alain Rodier, ancien officier des services de renseignement et directeur de recherche au sein du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R).

Echanges grâce à la langue

La Tunisie est un acteur incontournable du djihad international. «Il y a beaucoup d’échanges de renseignements avec ce pays sur la question de l’islamisme radical. Car les rapprochements entre les djihadistes des deux pays peuvent être facilités par la langue», poursuit le chercheur. Au sein de l’Organisation de l’Etat islamique, les francophones sont regroupés ensemble. Comme l’étaient déjà au temps de Ben Laden en Afghanistan les Caucasiens, la plupart russophones.

Sur le terrain, les djihadistes tunisiens ont la réputation d’être cruels et violents. Ils sont particulièrement craints par les populations locales syriennes.