Le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) a présenté jeudi matin ses propositions pour un meilleur accès à l'Interruption volontaire de grossesse (IVG) en France, jugé "problématique" aujourd'hui, notamment en raison d'une baisse de l'offre de soins.
Le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) a présenté jeudi matin ses propositions pour un meilleur accès à l'Interruption volontaire de grossesse (IVG) en France, jugé "problématique" aujourd'hui, notamment en raison d'une baisse de l'offre de soins. — AFP

SOCIETE

Maroc : Le débat sur l'avortement refait surface

Selon un sondage récent, 82% des Marocains se disent opposés à l'avortement...

A l’heure où, au Maroc, près de 800 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour selon les associations, le débat sur l’assouplissement de la législation (lire encadré) refait surface, notamment à la suite d'un reportage de France 2.

Suite au tollé suscité par les sanctions à l’encontre d’un médecin pro-avortement (pour sa participation au sujet), le ministre de la Santé el Houssaine Ouardi avait proposé l'ouverture d'un débat national. «Nous défendons fermement la révision urgente de la loi sur l'avortement dans au moins trois cas: l'inceste, le viol et les malformations fœtales», a affirmé le ministre, lors d'un colloque organisé la semaine dernière à Rabat.

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Le roi Mohammed VI s'est lui-même saisi du dossier

Preuve de l'acuité du sujet, le roi Mohammed VI s'est lui-même saisi du dossier : à l'issue d'une audience, qui s’est déroulée ce lundi, les ministres de la Justice Mustafa Ramid, des Affaires islamiques Ahmed Toufiq et le patron du Conseil national des droits de l'Homme (CNDH), Driss el Yazami, ont reçu pour consigne de soumettre des propositions de loi d’ici un mois au plus tard.

Présent au colloque, Chafik Chraïbi, qui dirige l'ONG Amlac (Association marocaine de lutte contre les avortements clandestins), évoque «une opportunité extraordinaire» de changer les choses. Il ajoute: «Il y a 20 ans, l'avortement ne faisait l'objet d'aucune discussion publique».

«Il ne s'agit pas de libéraliser totalement l'IVG»

Si la plupart des parties sont d'accord pour une réforme, son ampleur fait cependant débat. Pour autant, selon Chakif Chraïbi, «il ne s'agit pas de libéraliser totalement l'IVG, la société n'étant pas du tout prête»: en effet, si l’on en croit un sondage récent, 82% des Marocains se disent opposés à l'avortement.

Côté pratique, l'Amlac propose la création d'un comité éthique, composé d'un médecin chef, d'un gynécologue, d'un psychologue, d'une assistante sociale et d'un religieux qui statueraient «au cas par cas», dans un délai d'une semaine.

Inceste, viol ou malformation grave

Farouchement opposé, Mohammed Benhamza, président du Conseil des oulémas d'Oujda (nord-est), martèle : «Le droit à la vie est le plus sacré de tous. Faciliter les avortements conduira à la destruction de la famille». Seule solution, selon lui, s'en remettre à la décision du médecin en cas de malformation.

Psychiatre et homme politique marocain, Saâd Eddine el Othmani vient, de son côté, de relancer sa proposition visant à autoriser l'avortement avant la septième semaine de grossesse, dans les cas d'inceste, de viol ou de malformation grave. Le député PJD Mustapha Ibrahimi plaide, quant à lui, pour une autorisation dans les seuls cas de malformation, en rappelant que le «droit à la vie» est garanti par la Constitution de 2011. Et de conclure: «Nous ne pouvons pas condamner à mort le fœtus parce que la femme ne veut pas le garder.»

Au Maroc, pays de 34 millions d'habitants où les relations hors mariage sont officiellement interdites, l'IVG reste passible d’un à cinq ans de prison. Le code pénal sanctionne aussi bien la femme qui avorte que les personnes qui participent à l'acte. Il ne permet que «l'avortement thérapeutique», dans le cas où la grossesse menace la santé.