Législatives en Israël: Comprendre les enjeux des élections en quatre points

POLITIQUE «20 minutes» revient sur les défis qui attendent le futur Premier ministre au lendemain des élections législatives anticipées...

Delphine Bancaud

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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (g), aux côtés de son épouse Sara, salue ses partisans le 17 mars 2015 à Tel-Aviv
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (g), aux côtés de son épouse Sara, salue ses partisans le 17 mars 2015 à Tel-Aviv — Menahem Kahana AFP

Il a créé la surprise ce mardi. Le Likoud de Benjamin Netanyahou a remporté 24% des suffrages aux élections législatives, contre 19,06% à la liste de centre gauche Union sioniste menée par Yitzhak Herzog, selon des résultats préliminaires. Il est pratiquement assuré d'être appelé par le président Reuven Rivlin à assumer son troisième mandat consécutif. 20 minutes revient sur les enjeux de ces élections.

Pourquoi les sondages n’ont-ils pas anticipé la victoire de Benjamin Netanyahou?

Si les sondages lui étaient défavorables «c’est sans doute parce qu’on considérait que l’homme était usé par six ans de pouvoir, ce qui conférait un avantage à son principal rival Itzhak Herzog», explique Frédéric Encel, professeur à Sciences Po Paris* et spécialiste du Moyen-Orient. Mais durant les derniers jours de la campagne, Benjamin Netanyahou s’est démené pour convaincre les déçus du Likoud et rallier les indécis. Il a notamment fait des promesses sur le logement et lundi, il a encore fait monter les enchères en enterrant l'idée d'un Etat palestinien coexistant avec Israël. Frédéric Encel, avance aussi une autre explication de la victoire de Benjamin Netanyahou: «En Israël, ce qui compte pour les électeurs, ce n’est pas la personnalité d’un homme politique, mais sa capacité à former une coalition gouvernementale».

Avec qui Benjamin Netanyahou va-t-il gouverner?

Après les résultats officiels des législatives, le président israélien, Reuven Rivlin, aura sept jours pour choisir auquel des 120 députés élus confier la formation du gouvernement. Le chef du parti vainqueur est généralement celui à qui il revient cette mission. Donc, très probablement Benyamin Netanyahou devra-t-il former une coalition. Il disposera de 28 jours pour y parvenir. Selon Frédéric Encel, deux possibilités existent: «Soit il forme un gouvernement d’union nationale avec les travaillistes, mais je ne crois pas à cette option. Soit, il va chercher une multitude de petits partis au centre, à droite, sans oublier les formations orthodoxes pour former une coalition. C’est l'hypothèse la plus probable. Car ces derniers seront moins exigeants que s’il s'alliait avec les travaillistes et il aura ainsi les coudées plus franches», explique le chercheur.

Quels défis nationaux attendent le futur Premier ministre?

«La question sociale sera au cœur des attentes des Israéliens», affirme Frédéric Encel. Car la cherté de la vie, l’envolée des prix des logements, la diminution de certaines aides sociales et les fortes inégalités sociales font rage dans le pays. «Un tiers de la population gravite autour du seuil de pauvreté alors qu’Israël figure parmi le top 20 des économies mondiales. Benjamin Netanyahou, si ce poste lui revient, sera contraint de freiner son libéralisme», affirme le chercheur.

Quels dossiers internationaux aura-t-il à régler?

Le prochain Premier ministre sera d’abord appelé à faire face à l'offensive diplomatique palestinienne. Mais lors de sa campagne, Benjamin Netanyahou a déclaré qu’il comptait poursuivre sa politique de colonisation des territoires palestiniens et qu’il enterrait l’idée d’un Etat palestinien s'il était élu. «On peut s’attendre à une stagnation dans le dossier palestinien. Surtout s’il choisit un gouvernement de droite avec les partis religieux, qui ne sont pas en pointe dans le processus de paix» estime Frédéric Encel.

Autre défi: gérer les relations dégradées avec le grand allié américain. «Car si sur le plan militaire, économique et technologique, les rapports entre Israël et les Etats-Unis sont étroits, les relations se sont clairement rafraîchies entre Obama et Netanyahou, notamment en raison de désaccords sur le dossier palestinien et sur celui du nucléaire iranien», confirme Frédéric Encel. Un dialogue plus serein semble nécessaire pour ne pas demeurer dans ce statu quo inconfortable.

*Frédéric Encel est auteur de Atlas géopolitique d'Israël, éd. Autrement, 2015, 19,90 euros.