Au Vanuatu, les habitants frappés par le cyclone craignent la famine

CATASTROPHE Le cyclone n'a épargné les récoltes que de deux îles...

N.Beu. avec AFP

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Un habitant des îles Vanuatu, à Port-Vila, après le passage du cyclone Pam, le 16 mars 2015.
Un habitant des îles Vanuatu, à Port-Vila, après le passage du cyclone Pam, le 16 mars 2015. — Dave Hunt/AP/SIPA

Après le cyclone, la famine? Au Vanuatu, dans le Pacifique Sud, le cyclone Pam a détruit toutes les cultures vivrières et les habitants craignent de ne plus rien avoir à manger d'ici à deux semaines si les organisations humanitaires ne leur viennent pas en aide.

A Port-Vila, capitale de l'archipel de 270.000 habitants, le marché couvert est un lieu d'ordinaire emblématique des couleurs et saveurs de la Mélanésie. Avocats, ignames, mangues, noix de coco, bananes, papayes et plantes tropicales y garnissent habituellement les étals, que tiennent des femmes aux larges robes fleuries.

«Tout l'archipel dépend désormais de deux îles!»

Depuis le passage de Pam, qui a défiguré le pays vendredi, la grande halle est déserte, les allées jonchées de branches et de détritus, et les bancs sont retournés sur les tables des stands. «Je ne sais pas quand les femmes vont de nouveau pouvoir aller au marché. On n'a plus rien à vendre», lance Philémon Mansale, patriarche d'une famille nombreuse, qui vit à Mélé, un gros village à une dizaine de kilomètres au nord de Port-Vila. «Les ignames sont en train de pourrir dans la boue. Il n'y a plus de bananes, plus de fruits, rien. Pam a tout emporté. On va acheter du riz au magasin mais ça coûte 180 vatus (1,50 euro) le kilo et on n'a pas de sous», explique le sexagénaire.

«On a un peu de stock pour tenir une grosse semaine, après on n'a plus de réserve et notre jardin est complètement détruit», s'inquiète Terry Malapa, employé des services de police et père de deux enfants de deux et quatre ans. La cuisine familiale est une cathédrale de tôles, mais la petite maison où se trouvent les chambres est en dur: toute la famille a pu s'y réfugier pendant le passage du cyclone et ses rafales à plus de 300 km/h. «C'était des heures terrifiantes. Maintenant, je me dis que c'est un nouveau départ, qu'il va falloir mieux se préparer à ce genre de phénomène et construire des habitats plus solides», explique-t-il. Habituellement, la famille boit l'eau de pluie récupérée dans un réservoir. Mais aujourd'hui, elle a goût écœurant même après avoir été bouillie. «On achète des bouteilles au magasin, mais c'est cher», dit-il.

A quelques pas, le Mango shop, l'épicerie du quartier, n'a plus que quelques conserves et des paquets de biscuits sur ses étagères. «Avant Pam, les gens étaient venus faire du stock, mais on n'a pas été réapprovisionnés. Plus de café, plus de sucre, plus de lait. On nettoie et après on verra!», confie Gloria, accoudée au grand comptoir en bois de la boutique. Enseignant en agriculture, Frédéric Tamata ne cache pas son inquiétude: «100% des récoltes sont dévastées. Je crois qu'il n'y a qu'à Santo et à Malicolo qu'elles ont été épargnées. Tout l'archipel dépend désormais de deux îles!»