Daesh: Hollande au Louvre pour lancer un «cri d'alerte» face au saccage des sites archéologiques

TERRORISME Les djihadistes du groupe Etat islamique, mais aussi le régime syrien, ont détruit un grand nombre d'oeuvres en Irak et en Syrie...

N.Beu. avec AFP

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Des militants de Daesh détruisent des statues à Mossoul, en Irak, dans une vidéo mise en ligne le 26 février 2015.
Des militants de Daesh détruisent des statues à Mossoul, en Irak, dans une vidéo mise en ligne le 26 février 2015. — Image propagande Daesh

Un geste hautement symbolique: François Hollande visite mercredi le Département des antiquités orientales du Louvre pour lancer un «cri d'alerte et de solidarité» face au saccage de sites archéologiques et d'antiquités perpétré par le groupe Etat islamique (EI, ou Daesh) ou le régime syrien.

Le chef de l'Etat rappellera la condamnation de ces actes par la France dans un esprit de «dialogue des civilisations et non d'opposition», souligne-t-on à l'Elysée. Attendu à 15h au Louvre, François Hollande se fera présenter quatre objets emblématiques: les statues de l'intendant Ebih-II et de Gudea, la monumentale cour de Khorsabad et le Code d'Hammurabi, un ouvrage historique et littéraire, pièce maîtresse de la civilisation mésopotamienne.

Alerter et documenter

Il sera accompagné de la directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova, qui a vu dans les destructions commises par l'EI un «nettoyage culturel» et un «crime de guerre». Tous deux prendront la parole à l'issue de cette visite. «C'est un très beau message que le président de la République se déplace dans un musée pour montrer sa solidarité avec les peuples, mais aussi avec ces cultures, pour montrer que le terrain n'est pas seulement celui de la guerre, mais aussi de la culture et de l'ouverture», a réagi mardi l'ex-ministre de la Culture Aurélie Filippetti.

Selon l'archéologue Francis Joannes, directeur de recherche du CNRS, «c'est le passé et les racines des peuples d'Irak et de Syrie qu'on essaie d'anéantir» mais ces destructions d'un «patrimoine de l'humanité nous concernent tous». De la visite du président, il attend que «l'information soit connue et diffusée pour que le grand public sache quelle est la valeur des antiquités mésopotamiennes». Si l'objectif est d'alerter, il est également de documenter par un inventaire précis des destructions, de former pour éviter que des générations de spécialistes ne disparaissent en Irak et en Syrie, et de lutter contre les trafics d'antiquités pillées.

Des «idoles» vendues sur le marché noir

Le président français avait déjà dénoncé fin février la «barbarie» du saccage d'oeuvres pré-islamiques par l'EI après la diffusion d'une vidéo montrant les djihadistes en action dans le musée de Mossoul, la deuxième ville d'Irak. Mais le groupe s'en est également pris à la cité pluri-millénaire de Nimroud et, selon l'ONU, à celle fortifiée de Hatra, fondée il y a plus de 2.000 ans.

L'EI justifie ces destructions en arguant que les statues favorisent l'idolâtrie. Mais selon plusieurs experts, les «idoles» si vivement dénoncées sont vendues au marché noir par l'organisation pour se financer. En Syrie et sur la base d'images satellitaires, l'ONU comptabilisait déjà fin décembre 300 sites d'une valeur inestimable détruits, endommagés ou pillés en trois ans de guerre, notamment à Alep ou Palmyre.