Quatre ans de guerre en Syrie: «Là-bas, n’importe qui pouvait être emprisonné»

TEMOIGNAGES Ahmad, Mohamed, Maha, Mahmoud et Lamis vivent au Liban ou en Jordanie. Ils ont tout perdu ou presque...

Bérénice Dubuc

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Mahmoud et sa femme Nadia ont quitté Houla, en Syrie, en avril 2014. Ils vivent désormais dans le camp d'Azraq, en Jordanie. Lancer le diaporama
Mahmoud et sa femme Nadia ont quitté Houla, en Syrie, en avril 2014. Ils vivent désormais dans le camp d'Azraq, en Jordanie. — B.Dubuc/20 Minutes

«Nous habitions Homs. Notre maison a été incendiée au début du conflit. Mon mari y est mort, et j’ai décidé de partir.» Maha, sa fille et son fils font partie des plus de 11,2 millions de Syriens qui, depuis quatre ans, fuient la guerre civile qui ensanglante le pays.

«Nous sommes d’abord allés à Beyrouth, puis nous avons trouvé cet endroit», continue la mère de famille en montrant l’abri -très sommaire- planté au milieu des serres. Un propriétaire de Jadra l’autorise à occuper l'habitation en échange de travaux sur son exploitation.

Une vie «presque normale»

Comme Maha, Mahmoud et son épouse Nadia ont quitté la Syrie quand la situation est «devenue invivable», en avril 2014. «A Houla, les bombardements étaient très violents. Nos filles sont parties pour la Jordanie, mais nous avons voulu rester avec nos deux fils», raconte le quadragénaire dans l’abri du camp d’Azraq où il vit désormais, insistant pour montrer sur son téléphone les photos d’une jolie maison aux murs clairs et au sol carrelé.

Leur vie était «presque normale», mais l'engagement de cet ancien professeur de sciences auprès du Croissant islamique lui a coûté son poste. Le couple a alors décidé de partir. «Nos fils ont préféré rester pour garder la maison, et empêcher les pillages», précise Mahmoud, visiblement inquiet. Pour quitter leur pays, ils ont dû payer 70.000 livres syriennes (350 euros). «Le trajet nous a pris deux jours à cause des check points, mais aussi des risques liés à la guerre: j’aurais pu être arrêté et enrôlé de force.»

Ahmad, sa femme Maryam et leurs enfants ont eux aussi tout perdu dans le conflit. «A la Ghouta, c’était de plus en plus dangereux. J’ai été blessé alors que j’emmenais ma fille aînée à l’hôpital, et je suis aujourd’hui paralysé du bras droit», raconte Ahmad, assis sur un petit canapé dans le garage qui leur sert d’abri à Wadi Zeyni, au Liban. «Lorsque notre maison a été détruite, nous avons d’abord trouvé refuge dans une mosquée, mais nous craignions encore pour notre sécurité. Comme nous n’étions déjà plus chez nous, nous avons décidé de quitter le pays.»

Cauchemars

Ces violences laissent des marques difficiles à effacer: en Jordanie depuis trois ans, la fille de Mohamed est toujours terrifiée. «Ce sont les bombardements qui l’ont traumatisée. Elle fait encore des cauchemars, et se réveille en criant, en disant qu’elle a entendu les avions arriver pour bombarder notre maison», raconte son père. Mais ce sont surtout les menaces qui les ont poussés à quitter Damas et à traverser la frontière. «Je travaillais dans une usine de vêtements, mais n’importe qui pouvait être à tout moment emprisonné, ou tout simplement disparaître», confie-t-il, assis en tailleur dans la maison que sa famille et celle de son frère se partagent à Irbid, peu meublée et glacée car ils n’ont pas les moyens de chauffer.

Lamis, 20 ans, vivait aussi à Damas il y a deux ans. «Le quartier où nous vivions est devenu trop dangereux. Nous avons dû partir pour le Liban», explique cette Syrienne d’origine palestinienne qui vit désormais dans la région de Chouf. «Aujourd’hui je travaille pour Care pour aider les autres réfugiés syriens, et j’étudie en même temps à l’université. Même si c’est très cher, j’ai besoin de continuer à étudier: j’ai dû quitter mon pays, j’ai tout perdu, je ne peux pas perdre mon éducation.» Après l'obtention de son diplôme, dans deux ans, la jeune femme espère pouvoir rentrer dans son pays «pour aider à la reconstruction».