En Chine, un accusé a 99,93% de chances d'être condamné

JUSTICE La plus haute instance judiciaire de la Chine a publié jeudi des statistiques qui prouvent que malgré les paroles, le système judiciaire chinois continue à condamné de façon quasi systématique...

20 Minutes avec AFP

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Des dizaines de policiers étaient stationnés jeudi autour d'un tribunal de l'est de la Chine qui devait se prononcer le lendemain sur l'appel de Bo Xilai, ex-étoile montante du Parti communiste condamné il y a un mois à la prison à vie.
Des dizaines de policiers étaient stationnés jeudi autour d'un tribunal de l'est de la Chine qui devait se prononcer le lendemain sur l'appel de Bo Xilai, ex-étoile montante du Parti communiste condamné il y a un mois à la prison à vie. — Goh Chai Hin AFP

Un chiffre limpide. En 2014, en Chine, le taux de condamnation a atteint 99,93%. Un accusé chinois se transforme quasi systématiquement en condamné. La plus haute instance judiciaire de la Chine a publié jeudi des statistiques confirmant que le système judiciaire de la Chine, soumis à l'autorité du Parti communiste, se résume à une machine à condamner de façon quasi-systématique. 1,184 million de personnes ont été reconnues coupables des faits qui leur étaient reprochés et seulement 825 ont été acquittées dans le premier pays au monde en nombre d'exécutions de condamnés à mort.

Loin du discours officiel

Des données radicales qui viennent contredire le discours officiel du régime. En effet, le pouvoir chinois affirme vouloir remédier aux erreurs judiciaires, à l'arbitraire, aux aveux extorqués et à la quasi-absence de droits de la défense…

Le Parti communiste chinois s'est efforcé ces derniers mois de redorer le blason de la justice en révisant quelques verdicts prononcés dans des affaires qui avaient rencontré un large écho. Reste qu'il est rarissime que la justice chinoise accepte de revenir sur une condamnation, en particulier dans le domaine pénal.

Lutte contre les séparatistes

Et parmi ces personnes condamnées figurent des Tibétains et Ouïghours, victimes de discriminations. La Chine a en effet confirmé avoir condamné l'an dernier 712 personnes accusées de terrorisme ou de séparatisme, une tendance en hausse. Les verdicts concernant des faits de terrorisme ou de séparatisme ont connu une augmentation de 13,3% en 2014, a précisé la Cour suprême dans son rapport annuel présenté devant l'Assemblée nationale populaire (ANP), actuellement réunie à Pékin.La quasi-totalité de ces condamnations concernent des personnes d'origine tibétaine ou du Xinjiang, vaste région notamment peuplée de Ouïghours, musulmans turcophones qui se disent victimes de discriminations.

Le Xinjiang, immense région aux confins occidentaux de la Chine, frontalière des pays d'Asie centrale, est le théâtre d'une recrudescence d'incidents violents, à caractère ethnique et religieux. Les autorités centrales ont opté pour une stratégie de répression implacable contre les militants ouïghours, invariablement qualifiés de «terroristes» ou de «séparatistes».

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Et cette répression systématique risque de s’accentuer dans les prochains mois. En effet, la Cour suprême chinoise a placé en tête de ses priorités cette année le «maintien de la sécurité nationale et de la stabilité sociale». Et Pékin est en train d'élaborer sa première loi antiterroriste.