Japon: Quatre ans après le tsunami, que se passe-t-il à la centrale de Fukushima?

ENVIRONNEMENT Les fuites d’eau radioactive contaminée refait surface...

D.B. avec AFP

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Des employés travaillent sur une citerne contenant de l'eau contaminée à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi au Japon, le 12 novembre 2014
Des employés travaillent sur une citerne contenant de l'eau contaminée à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi au Japon, le 12 novembre 2014 — Shizuo Kambayashi Pool

C'était il y a quatre ans. Un tsunami dévastait la centrale nucléaire de Fukushima, au Japon. Si désormais, elle n'est n'est plus considérée comme une poudrière,  le problème de l'eau contaminée refait régulièrement surface et l'on est loin de savoir comment assainir le site. L'occasion de faire un état des lieux de la situation, en trois points.

1) Les réacteurs sous contrôle constant

Les réacteurs 1 à 3, dont les coeurs ont fondu au moment de l'accident, sont toujours continuellement refroidies et le déblayage alentour se poursuit pour diminuer les radiations. Les équipes de la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco) et des centaines d'entreprises sous-traitantes procèdent aussi à des examens régulièrement et améliorent autant que faire se peut les équipements installés pour entretenir le courant d'eau.

Les piscines de désactivation de ces réacteurs sont aussi refroidies avec une température maintenue entre 10 et 25°C. Toutefois, aucune avancée notable n'a été réalisée sur la tâche majeure: la localisation et les moyens à mettre en oeuvre pour récupérer les « débris », à savoir le combustible fondu qui a pu transpercer la cuve sous pression et l'enceinte de confinement de ces trois réacteurs.

Concernant le réacteur 4,  vide au moment du tsunami, son coeur n'a pas fondu. Toutefois, sa piscine de désactivation, pleine et fragilisée, représentait un important danger qui a été supprimé par le retrait, achevé en décembre dernier sans incident, des 1.533 assemblages de combustible qui s'y trouvaient. Le début du même travail pour le combustible usé des autres piscines est programmé entre cette année et fin 2017.

2) Le problème continu de l'eau contaminée

Quelque 615.000 mètres cubes d'eau sont stockés dans plus de 1.100 cuves et citernes de différents types et 65.000 dans les bâtiments et tranchées sous la centrale.

Une partie de cette eau a été débarrassée de l'essentiel de ses éléments radioactifs, mais elle ne peut en l'état être rejetée dans la nature. Il est toutefois possible qu'elle soit un jour déversée en mer, même s'il y restera du tritium, compte tenu de l'impossibilité physique de la garder dans de telles conditions à long terme, d'autant que le volume à stocker augmente en permanence, même si a été mise en place une déviation en amont qui permet de réduire la quantité de liquide nouvellement contaminé.

En attendant, Tepco doit veiller en permanence, car des fuites diverses se produisent régulièrement et valent à Tepco des rappels à l'ordre récurrents des autorités. Par ailleurs, la construction d'un mur de glace souterrain destiné à bloquer le flux d'eau de la montagne vers l'océan à travers les installations radioactives a pris du retard et devrait exiger des années de travaux, avec des résultats pour le moins incertains.

Les autorités assurent cependant que «la radioactivité n'est pour ainsi dire pas présente en dehors du port de la centrale ».

3) Le personnel difficile à fidéliser

Se pose aussi le problème du maintien d'un personnel compétent pendant des décennies, du contrôle strict de leur exposition aux radiations et de la réduction de la vulnérabilité du site aux catastrophes naturelles. Les équipements installés en urgence après l'accident doivent de surcroît être remplacés par des moyens plus pérennes et des technologies nouvelles développées pour le démantèlement.

Quelque 6.000 à 7.000 personnes oeuvrent chaque jour dans des conditions qui restent pénibles mais se sont améliorées ces deux dernières années, grâce à une réduction de la radioactivité ambiante sur deux tiers du site et la construction de salles de repos. Toutefois, comme l'a rappelé un accident mortel il y a quelques semaines, la stricte vigilance ne peut en aucun cas être relâchée.