« L'AKP ne menace pas la laïcité en Turquie »

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Didier Billion

Directeur adjoint de l'Iris

et auteur de « L'Enjeu turc »

(éd. Armand Colin).

Hier, des législatives anticipées ont été convoquées au 22 juillet en Turquie pour sortir de la crise, provoquée par l'élection présidentielle, entre le gouvernement AKP (parti issu de la mouvance islamiste) et le camp laïque. Que peut-on en attendre ?

Elles vont dénouer temporairement la crise, mais sans modifier les rapports de force politiques. L'AKP est déjà donné vainqueur. Son bilan n'est en effet pas mauvais, surtout sur le plan économique, avec un taux de croissance de 6,1% en 2006. Or, en face, le Parti républicain du peuple [opposition] a beau mobiliser des centaines de milliers de manifestants, comme à Istanbul dimanche dernier, il ne propose aucune alternative crédible.

Les laïques redoutent une islamisation de la société

si Abdullah Gül (AKP) est

élu président. Ce parti représente-t-il une telle menace pour la laïcité ?

Non. L'AKP n'est pas un parti islamiste, ni « islamiste modéré ». L'AKP a incontestablement ses racines dans la mouvance de l'islam politique, mais il est proeuropéen et se définit comme un parti conservateur démocrate. Ses adversaires le soupçonnent d'avoir un programme caché et d'attendre le grand soir islamiste. C'est plus fantasmatique qu'autre chose. Dans les faits, les mesures de l'AKP n'ont jamais remis en cause les valeurs laïques et républicaines de la Turquie, même s'il faut rester vigilant. Je suis plus inquiet en revanche de l'intervention de l'armée dans le champ politique, malvenue pour un candidat à l'Union européenne.