Mali: «Les groupes djihadistes ont été affaiblis militairement, mais pas éradiqués»

DECRYPTAGE Le pays vient de connaître un week-end sanglant, où huit personnes dont deux Occidentaux ont trouvé la mort...

B.D.
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Le restaurant "La Terrasse" victime d'une attaque terroriste, à Bamako le 7 mars 2015
Le restaurant "La Terrasse" victime d'une attaque terroriste, à Bamako le 7 mars 2015 — Habibou Kouyate AFP

Après une attaque qui a tué cinq personnes, dont un Français et un Belge, samedi à Bamako, deux enfants et un Casque bleu tchadien ont été tués dimanche lorsque «plus d'une trentaine de tirs de roquettes et d'obus» ont été tirés contre un camp de l'ONU à Kidal, dans le nord-est du Mali. Des événements sanglants qui jettent le doute sur la possibilité de pacifier le pays.  

Ces attaques sont-elles le signe d’une dégradation de la situation sécuritaire au Mali?

«Ce sont deux événements relativement différents, mais concomitants et qui participent d’une déstabilisation globale du pays», explique Philippe Hugon, directeur de recherches à l'Iris. L’attaque de Bamako, qui visait pour la première fois des Occidentaux en pleine capitale malienne, est «un signe très négatif» qui «n’était pas complètement imprévisible». «Cela fait deux ans qu’Al Mourabitoun prévoyait des actes terroristes contre des bars ou boîtes de nuit fréquentés par des Occidentaux dans les capitales sahéliennes», abonde Mathieu Pellerin, chercheur à l'Ifri.

Cela signifie-t-il que Bamako peut désormais être la cible récurrente de violences de ce type?

«On sait de longue date que la capitale abrite des cellules dormantes de groupes terroristes», rappelle Mathieu Pellerin, soulignant qu’«indéniablement on ne peut exclure qu'elles se reproduisent à l'avenir». Et de préciser que la menace va crescendo, les groupes djihadistes dans la région ne cessant «de recruter, de se réorganiser à partir de nouvelles bases arrière, et d'adapter leurs modes d'action à une présence et une surveillance accrues des forces internationales».

Et l’attaque de Kidal?

Les tirs de roquettes de ce type sont fréquents dans ce bastion de la rébellion, et, selon Philippe Hugon, «cette attaque est en phase avec la signature de “l’accord de paix et de réconciliation“, très critiqué, signé au début du mois à Alger par le gouvernement malien et des groupes armés du nord du pays, mais pas par les responsables de la Coordination des mouvements de l'Azawad», regroupant les mouvances qui contrôlent Kidal.

Le spécialiste pense qu’Ansar Dine et son chef, Iyad Ag Ghaly, «plus dans le djihad que dans la reconnaissance d’un accord politique» sont derrière cette attaque. Une analyse partagée par Mathieu Pellerin, qui souligne que «pour Ansar Dine en particulier, multiplier les attaques est une manière de rappeler à quel point il ne faudrait pas imposer un accord qui fasse fi de leur présence et de leur pouvoir de nuisance».

Cette attaque montre-t-elle que les opérations Serval puis Barkhane, ont échoué à pacifier le nord Mali?

«Beaucoup de populations réfugiées et déplacées ont pu rentrer, les autorités maliennes ont pu remonter à Gao et Tombouctou, l'armée malienne a repris position au nord et les groupes terroristes ne contrôlent plus aucune zone», égrène Mathieu Pellerin pour qui la «pacification est une réalité». Philippe Hugon, plus mitigé, souligne que «les groupes djihadistes ont été affaiblis militairement par les opérations Serval puis Barkhane et par l’action de la Mission de l'ONU au Mali (Minusma), les obligeant à se rabattre sur les attentats terroristes. Mais il n’y a pas eu d’éradication».

Et d’ajouter: «Pour que la pacification devienne une réalité, il faudrait que l’accord de paix soit accepté et respecté par tous, mais aussi que les problèmes plus structurels (emploi, développement du tissu économique et social…) soient réglés -pour éviter que la jeunesse, qui n’a aujourd’hui aucune perspective, ne soit séduite par le salafisme radical qui progresse dans cette zone depuis 20 ans.»