Meurtre de Boris Nemtsov: Que sait-on de l’enquête sur la mort de l'opposant russe?

RUSSIE Après les arrestations, aveux et remises en questions, «20 Minutes» fait le point...

O. G. avec AFP

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La police russe escorte l'un des cinq suspects dans le meurtre de Boris Nemtsov à Moscou.
La police russe escorte l'un des cinq suspects dans le meurtre de Boris Nemtsov à Moscou. — Ivan Sekretarev/AP/SIPA

Le 27 février, Boris Nemtsov, opposant russe, est tué par balles juste à côté du Kremlin. Le week-end dernier, cinq suspects ont été arrêtés et présentés devant un tribunal. Le point sur cette enquête et ses zones d'ombres.

Qui est Zaour Dadaïev?

Dimanche, Zaour Dadaïev, présenté au tribunal, a avoué avoir participé au meurtre de Boris Nemtsov. Ce Russe d’origine tchétchène, trentenaire, arrêté en Ingouchie, avait servi dix ans dans les forces spéciales tchétchènes, selon l'agence Tass. Le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov a salué en Zaour Dadaïev «un vrai patriote russe» et un soldat «des plus courageux et méritants de son régiment». Il a également décrit l'accusé numéro 1 comme «un homme profondément religieux (...) choqué par les caricatures de Charlie Hebdo», l'hebdomadaire satirique français dont des journalistes ont été abattus à Paris en janvier et que soutenait Boris Nemtsov.

Et les quatre autres suspects arrêtés?

Anzor Goubachev, arrêté samedi en Ingouchie, a été inculpé du meurtre de Boris Nemtsov. Trois autres suspects ont été arrêtés: Chaguid Goubachev, son jeune frère, Ramzat Bakhaïev, 45 ans, originaire d'Ingouchie, et Tamerlan Eskerkhanov, 35 ans, originaire de Tchétchénie. «Les suspects ont nié leur implication dans ce crime, mais les enquêteurs ont les preuves de leur participation», a déclaré un représentant du tribunal cité par les agences de presse.

La piste islamiste contestée

La piste islamiste suivie par les enquêteurs est jugée «absurde» par Ilia Iachine, ami de Nemtsov. Sa mort «répond à un ordre du Kremlin. Boris Nemtsov n'était pas islamophobe et n'a jamais tenu de propos négatifs sur l'islam, a ajouté Ilia Iachine. Nos pires craintes deviennent réalité: l'exécutant a été arrêté, mais les commanditaires resteront en liberté.»

D’autres suspects recherchés

Le tribunal a indiqué que les suspects étaient soupçonnés d'«assassinats commis par un groupe de personnes agissant dans le but de s'enrichir ou sur commande». Une formulation qui semble indiquer que les enquêteurs poursuivent l'hypothèse d'un meurtre commandité. Ils ont précisé poursuivre leurs recherches d'éventuels complices et doivent maintenant présenter leurs éléments d'ici dix jours. Sur décision du tribunal, les suspects ont été placés en détention pour deux mois, jusqu'au 28 avril.

Les réserves de l’opposition

Cet assassinat sème le trouble dans l’opinion russe. Pour beaucoup, celui qui a le plus à gagner grâce à ce meurtre siège au Kremlin. La fille de l'opposant assassiné, Janna Nemtsova, a déclaré qu'il s'agissait d'un assassinat «politique», dans une interview à la chaîne de télévision américaine CNN. «Je pense que maintenant, la Russie a franchi la ligne (rouge), et que les gens auront peur d'exprimer des idées qui contredisent (...) le point de vue officiel», a-t-elle déclaré. L'opposition russe a dénoncé le «climat de haine» instillé selon elle par les autorités. Depuis plusieurs années, Boris Nemtsov était la cible d'attaques de la presse et des chaînes de télévision d'Etat.

Deux décorations remarquées…

Hasard du calendrier ou faux pas, ce lundi, le Kremlin avait à son agenda deux décorations surprenantes. Le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov a reçu l'ordre de l'honneur pour ses «nombreuses années de travail honnête et ses états de service» au profit de l'Etat.  Vladimir Poutine a également décoré Andreï Lougovoï, principal suspect dans l'empoisonnement de l'ex-agent russe Alexandre Litvinenko en 2006. Cet ancien agent secret est pourtant toujours recherché par la Grande-Bretagne.