Barack Obama à Selma: La marche contre le racisme n'est «pas terminée»

ETATS-UNIS Les Etats-Unis commémorent ce samedi le 50e anniversaire de la marche pour les droits civiques alors que le pays a connu ces derniers mois des émeutes raciales...

20 Minutes avec AFP

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Barack Obama commémore la marche pour les droits civiques à Selma, aux Etats-Unis, le 7 mars 2015.
Barack Obama commémore la marche pour les droits civiques à Selma, aux Etats-Unis, le 7 mars 2015. — JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Barack Obama a salué ce samedi à Selma (sud) le courage de ceux qui, il y a cinquante ans, ont lutté pour obtenir le droit de vote pour tous, tout en soulignant que la marche contre le racisme n'était «pas terminée».

«Une erreur répandue consiste à suggérer que le racisme a disparu, que le travail entrepris par des hommes et des femmes de Selma est terminé. (...) Cela n'est pas vrai», a déclaré le président des Etats-Unis dans un discours prononcé depuis cette petite ville de l'Alabama devenue emblématique de la lutte pour les droits civiques.

Le premier président noir de l'histoire des Etats-Unis s'est exprimé devant le pont Edmund Pettus sur lequel, le 7 mars 1965, plusieurs centaines de manifestants pacifiques furent violemment repoussés par la police dans un assaut qui traumatisa l'Amérique et aboutit, quelques mois plus tard, au Voting Rights Act.

Barack Obama avait trois ans au moment des faits. Il a appris cette histoire par sa mère, quand il avait «six, sept, huit ans». «Elle me donnait des tas de livres pour enfants sur la lutte pour les droits civiques. Elle mettait des chansons de Mahalia Jackson (qui fut une proche de Martin Luther King, ndlr)», a-t-il raconté.

«Il ne s'agit pas seulement de commémorer le passé»

«Il ne s'agit pas seulement de commémorer le passé», avait-il cependant souligné avec force à la veille de ce discours très attendu sur la question raciale.

Le discours présidentiel intervient trois jours après la publication d'un rapport accablant du ministère de la Justice pointant les comportements discriminatoires de la police de Ferguson (Missouri, centre), théâtre de violentes émeutes après la mort en août dernier d'un jeune Noir abattu par un policier blanc.

Selma, ville de 20.000 habitants (dont 80% de Noirs), se préparait depuis plusieurs jours à ce week-end de commémoration auquel l'ancien président George W. Bush et plus d'une centaine d'élus du Congrès participent.

Plusieurs milliers de personnes patientaient, en une longue file indienne, avant même le lever du soleil, espérant pouvoir s'approcher du pont d'où le 44e président de Etats-Unis s'est exprimé.

«S'attaquer à la pauvreté»

Si la loi signée le 6 août 1965 par le président Lyndon Johnson a permis de faire appliquer avec beaucoup plus d'efficacité le 15e amendement de la Constitution américaine qui interdit de refuser le droit de vote à tout citoyen «sur la base de sa race ou de sa couleur», le débat n'est cependant pas clos.

Le texte, véritable socle des droits civiques, a été partiellement remis en cause par la Cour suprême en 2013. Cette dernière a estimé que le pays n'était «plus divisé comme il l'était en 1965» et que la loi devait évoluer.

Les démocrates accusent régulièrement les républicains de brandir la menace de la fraude électorale pour introduire dans certains Etats des contraintes supplémentaires sur l'identification des électeurs dans le but de dissuader les minorités, qui votent majoritairement démocrate, de se rendre aux urnes.

«Ne pas protéger avec force ce qui a été acquis (le droit de vote, ndlr), c'est manquer de respect envers ceux qui ont fait ces sacrifices», a souligné le pasteur Al Sharpton, militant des droits civiques, à son arrivée près du pont Edmund Pettus où une foule compacte attendait Obama.

«Nous avons beaucoup progressé (...) mais l'heure est plutôt à la protestation qu'à la seule célébration», a souligné de son côté le pasteur Jesse Jackson. «Nous devons protéger le droit de vote et nous devons nous attaquer à la question de la pauvreté, qui est une arme de destruction massive», a ajouté cette autre figure des droits civiques.

A Selma, qui connaît un taux de chômage supérieur à 10%, soit le double de la moyenne nationale, et où près de 40% des foyers vivent en-dessous du seuil de pauvreté, la lutte est aussi aujourd'hui aussi celle pour l'égalité des chances.