Conflit en Syrie: Dans les coulisses du camp de réfugiés d'Azraq, en plein désert jordanien

REPORTAGE A terme, cette installation, ouverte en mai 2014, pourra abriter jusqu’à 130.000 réfugiés syriens...

Bérénice Dubuc

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Vue du camp d'Azraq, en Jordanie, le 24 février 2015. Lancer le diaporama
Vue du camp d'Azraq, en Jordanie, le 24 février 2015. — B.DUBUC/20 Minutes

De notre envoyée spéciale en Jordanie

Des centaines de baraques blanches, plantées en plein désert à perte de vue, avec, à de rares endroits, entre les routes de goudron neuves, des grappes d’enfants qui jouent, ou d’adultes affairés.

Le camp d’Azraq, situé à une centaine de kilomètres à l'est d’Amman (Jordanie), est une installation gigantesque: mesurant près de 15km2, il abrite quatre villages de 20 blocs, regroupant chacun des parcelles au sein desquelles une douzaine de préfabriqués sont regroupés. Mais seuls quelque 14.000 réfugiés syriens sont pour l’heure installés au sein de ces villages, donnant l’impression d’un camp certes neuf, mais presque abandonné.

Et pour cause: une fois les quatre villages remplis -avec une capacité d’accueil de 50.000 personnes*-, le camp pourra encore être étendu pour abriter jusqu’à 130.000 réfugiés. Il sera alors le deuxième plus vaste au monde, derrière celui de Dadaab, à la frontière du Kenya et de la Somalie.

Tous les abris remplis fin juillet

«Notre défi aujourd’hui est de remplir le camp», explique Roberta Montevecchi, qui dirige le bureau de l’UNHCR à Azraq. «Au cours du mois de février, nous avons vu une augmentation de 12% de la population. Environ une centaine de réfugiés arrivent chaque jour», pour quelques-uns en provenance du camp de Za'atari, surpeuplé, ou directement de la frontière (cas médicaux ou humanitaires), mais en majorité des zones urbaines.

Mahmoud et sa femme Nadia ont quitté Houla, près de Homs, en avril 2014. Dans leur abri du village 6, ils attendent impatiemment leurs quatre filles. «Nous sommes arrivés à la frontière en mai et nous avons été récupérés par l’armée jordanienne, qui nous a amenés ici. Nos filles, qui étaient réfugiées à Amman vont enfin pouvoir venir vivre avec nous. Elles arrivent demain», explique l'ancien professeur de sciences, les larmes aux yeux.

«Tous les abris des deux villages actifs aujourd’hui seront remplis fin juillet si le flot de réfugiés continue à ce rythme», reprend Roberta Montevecchi, précisant que de nouveaux préfabriqués sont déjà en construction dans un nouveau village, le 5, et qu’il faudra ensuite y amener différents services à destination des réfugiés.

Dans le village numéro trois, le plus complet, ils en bénéficient déjà: le centre communautaire de Care Jordan propose ainsi sessions d’informations, activités récréatives (ping-pong, foot, visite d’Ahmad le clown, cours de musique de dessin, de taekwondo…) et activités psycho-sociales (programme d’éducation en ligne de la fondation de la Reine Rania, ...).

Mosquée, école… et supermarché

Le village est aussi pourvu d’une mosquée, d’aires de jeux, et d’une école pour les enfants de 6 à 16 ans. «Malheureusement, il n’y a pas de lycée dans le camp, et les lycéens ne peuvent pas s’inscrire à l’extérieur, déplore Mohammed Abed Rabo, coordonnateur du développement communautaire pour Care. Cependant, les étudiants du secondaire peuvent parfois bénéficier de bourses. Les études sont très coûteuses ici, et le gouvernement n’exempte pas les étudiants réfugiés de frais de scolarité.»

Un supermarché a également été construit. Les produits, rayons et allées sont similaires à n’importe quelle autre grande surface au monde. Seule différence: la carte utilisée par les réfugiés pour régler leurs courses est fournie par le Programme alimentaire mondial (PAM) et chargée de la valeur des traditionnels bons alimentaires.

«Il s’agit de construire une ville qui sera amenée à perdurer au moins pour les quatre prochaines années», souligne Roberta Montevecchi. Une issue prochaine au conflit syrien, qui dure depuis 4 ans, ne semble pas à l’ordre du jour. Et, même quand il finira par se régler, les réfugiés seront peut-être amenés à rester plus longtemps à Azraq. «Certains après la fin du conflit pourront rentrer très vite, d’autres mettront plus de temps.»

* Selon les prévisions du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), le camp pourrait atteindre 40.000 résidents d’ici l’an prochain.