Le Liban face aux défis de l’afflux de réfugiés syriens

REPORTAGE Les réfugiés syriens représentent aujourd’hui 25% de la population du pays, où les services de base sont saturés...

Bérénice Dubuc

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Ahmad, sa femme et sa fille devant le garage où ils vivent à Wadi Zeyni, au Liban, le 26 février 2015. Lancer le diaporama
Ahmad, sa femme et sa fille devant le garage où ils vivent à Wadi Zeyni, au Liban, le 26 février 2015. — B.Dubuc / 20 Minutes

De notre envoyée spéciale au Liban

Un garage pour refuge  Depuis deux ans, Ahmad, sa femme et ses deux enfants, originaires de la Ghoutta en Syrie, vivent à Wadi Zeyni, dans la région de Chouf au Liban... dans un ancien garage,aménagé par des associations locales et loué pour 200 dollars par mois.

«Ici, tout est cher»

Lui a été blessé et a le bras droit paralysé, et ne peut donc pas travailler. Sa femme fait quelques ménages deux fois par semaine pour environ 15 dollars. Impossible pour eux de s’en sortir sans le programme de cash de l’ONG Care pour les familles les plus démunies. «Ici, tout est cher. Si le propriétaire veut augmenter le prix du loyer, nous sommes obligés de dire oui, nous n’allons pas aller vivre dans la rue. Nous n’avons pas le choix: on ne peut pas rentrer en Syrie. On doit attendre ici patiemment.»

Comme eux, plus de 1,1 million de Syriens ont fui la guerre civile qui ravage le pays depuis 4 ans pour se réfugier au Liban, qui est ainsi devenu le premier pays d'accueil par habitant. Les réfugiés y représentent aujourd’hui quelque 25% de la population.

Face à cet afflux historique, le Liban n’a pas mis en place de camps sur son territoire, à l’inverse de la Jordanie et de la Turquie, qui accueillent également des réfugiés Résultat: les services de base (santé, logement, éducation) comme les infrastructures de première nécessité (ressources hydrauliques, canalisations, égouts,…) sont saturés.

Le marché du travail est aussi déstabilisé: les Syriens, qui ont le droit de travailler au Liban, viennent grossir le nombre de demandeurs d’emploi et baisser le prix de la main-d’œuvre. «Ici, tout le monde cherche du travail, Syriens comme Libanais», explique Vakhtang Piranishvili, responsable du bureau de Care Liban pour la région de Tripoli, soulignant que la situation précaire des populations tend aussi à développer le travail des enfants ou la prostitution.

«Même s’il n’y a pas de chiffre officiel, on constate que l’afflux de réfugiés a créé beaucoup de travail à bas coût, et impacté les familles libanaises.» C’est selon lui l’un des facteurs qui contribuent à créer de la tension entre les communautés.

Programmes inclusifs

«Au début de la crise, la communauté libanaise était accueillante et soutenait les réfugiés, abonde Ibrahim Hawi, qui supervise les opérations de Care dans la région de Chouf. Mais, peut-être du fait de la durée de la crise et de la situation économique, c’est plus compliqué aujourd’hui. Ici, la situation est sous contrôle. Mais ce n’est pas vrai partout, ailleurs il peut y avoir de vraies tensions.»

Alors les ONG sont à pied d’œuvre pour développer des programmes d’aide aux réfugiés qui incluent également les populations hôtes, comme le renouvellement d’installations sanitaires au niveau des municipalités (réservoirs d'eau potable, forages, nouveau réseau d'assainissement, etc.), qui fournissent un service d’eau approprié à toutes les communautés.

Mais ces programmes nécessitent des ressources financières qui arrivent aujourd’hui à épuisement. «Tous les acteurs humanitaires en appellent à la communauté internationale pour financer les programmes d’assistance aux réfugiés», rappelle Ibrahim Hawi, en écho au Haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCR), Antonio Guterres, qui a demandé jeudi à la communauté internationale d’aider les pays hôtes. Une troisième conférence internationale de donateurs est prévue au Koweït le 31 mars pour lever des fonds.