Nationalistes, islamistes, groupuscules ukrainiens... Qui a tué Boris Nemtsov?

RUSSIE L'opposant russe a été tué de quatre balles dans le dos vendredi soir…

Audrey Chauvet

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Manifestation en hommage à l'opposant russe Boris Nemtsov, le 1er mars 2015 à Moscou.
Manifestation en hommage à l'opposant russe Boris Nemtsov, le 1er mars 2015 à Moscou. — Denis Tyrin/AP/SIPA

Au lendemain d’une immense manifestation qui a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de Russes dans les rues de Moscou, l’enquête sur l’assassinat, ce vendredi, de Boris Nemtsov, opposant au régime de Vladimir Poutine et ancien vice-Premier ministre de Boris Eltsine, avance timidement. Pour l'instant quatre pistes principales sont avancées en Russie: les milieux nationalistes d’extrême droite, les islamistes radicaux, les groupuscules ukrainiens mais aussi les services secrets occidentaux.

Ce que l’on sait

Boris Nemtsov a été tué de quatre balles dans le dos ce vendredi vers 23h15, à proximité du Kremlin, en plein centre de Moscou. Il sortait d’un dîner au restaurant avec une Ukrainienne, probablement sa compagne, et rentrait chez lui à pied. L’homme qui a tiré était dans une voiture et a pris la fuite. Selon le Comité d'enquête de Moscou, «il est évident que les organisateurs et les auteurs de ce crime étaient informés de son trajet». La police moscovite a prévu une récompense de trois millions de roubles (environ 45.000 euros) pour toute information sur les auteurs du crime.

Lors des précédents assassinats d'opposants, notamment ceux de la militante des droits de l'homme Natalia Estemirova en Tchétchénie, de l'avocat Stanislav Markelov, de la journaliste Anastasia Babourova à Moscou ou encore de la journaliste Anna Politkovskaïa, les auteurs des faits ont pu être arrêtés mais les commanditaires n'ont jamais été inquiétés.

La piste politique

Des sources policières ont évoqué la possibilité d’une action menée par les milieux d’extrême droite ultra-nationalistes, mais dans le cortège de la manifestation de dimanche, c’était plutôt du côté du Kremlin que l’on regardait. Dans une interview datant de début février, Boris Nemtsov disait «craindre un peu pour sa vie» en raison de ses prises de position hostiles à Vladimir Poutine. Pour tous les dissidents au régime, il s’agit sans aucun doute d’un assassinat politique. Mais du côté du gouvernement, on évoque un coup monté par l’opposition elle-même pour faire accuser le Kremlin.

La piste islamiste

Boris Nemtsov avait reçu des menaces de mort après avoir affiché son soutien à Charlie Hebdo lors des attentats de janvier. Il était également de confession juive, rapporte l’agence Reuters. Les islamistes ont déjà frappé le Russie, notamment en décembre 2013 à Volgograd, dans le sud du pays. Deux attaques, qui ont fait plus de 30 morts, avaient alors été commises par des kamikazes se revendiquant du groupe Vilayat Daguestan, un mouvement lié à l’Irak et cherchant à instaurer un Etat islamique au Daguestan. Toutefois, la piste islamiste ne semble pas convaincre l'opinion russe, qui pointe plutôt le «climat de peur» instauré par le Kremlin contre ses opposants.

La piste ukrainienne

Boris Nemtsov était engagé contre le conflit en Ukraine et avait appelé les Russes, seulement quelques heures avant de mourir, à manifester contre «l’agression de Vladimir Poutine» en Ukraine. Pour le président ukrainien Petro Porochenko, Boris Nemtsov était «un pont entre l'Ukraine et la Russie» qui n’a pas été détruit «par hasard». Boris Nemtsov était justement en train de rédiger un rapport sur la présence de troupes russes dans l’Est de l’Ukraine, que Vladimir Poutine dément formellement. D'après les informations de l'agence Interfax, les enquêteurs auraient saisi dans l'appartement de Nemtsov toutes les preuves qu'il avait rassemblées sur la présence de militaires russes aux côtés des rebelles ukrainiens.

La piste occidentale voire américaine

Jamais à court d'argument, Ramzan Kadyrov, le leader tchétchéne proche du Kremlin, lui, a avancé ce lundi une nouvelle piste: celle des services secrets occidentaux. «Il ne fait aucun doute que le meurtre de Nemtsov a été organisé par les services secrets occidentaux pour provoquer un conflit intérieur en Russie», a-t-il déclaré. «C'est leur façon de faire: d'abord on prend quelqu'un sous son aile, on l'appelle "ami des Etats-Unis et de l'Europe" et puis on le sacrifie pour accuser les autorités locales. La condamnation à mort (de Nemtsov) prononcée dans une capitale occidentale a très bien pu être exécutée par les services secrets ukrainiens», selon lui. «C'est une opération dans laquelle on voit bien la main des services secrets occidentaux», a abondé Guennadi Seleznev, ancien responsable communiste et ex-président de la Douma (chambre basse du Parlement).

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