Grèce : «Laissons à Syriza le temps de tenir ses promesses»

GRECE 20 Minutes a recueilli les témoignages de Grecs un mois après l’élection de Syriza...

Thibaut Le Gal

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Des grecs manifestent devant le parlement à Athènes en soutien au gouvernement le 16 février 2015
Des grecs manifestent devant le parlement à Athènes en soutien au gouvernement le 16 février 2015 — Louisa Gouliamaki AFP

Le 25 janvier, Syriza remportait les élections législatives. Le parti de gauche radicale redonnait espoir à une grande partie du peuple grec. Un mois plus tard, le gouvernement d’Alexis Tsipras doit faire le grand écart: tenir les promesses faites à ses électeurs, et s’engager à accomplir les réformes voulues par ses partenaires européens. Mardi, Athènes arrachait un accord sur la prolongation des aides européennes. Et renonçait en partie à son programme anti-austérité? 20 Minutes a recueilli les témoignages de Grecs un mois après l’élection de Syriza.

Costis Voulgaris, 69 ans, retraité.  «Beaucoup de ceux qui n’ont pas voté Syriza sont aujourd’hui derrière le gouvernement»

Costis Voulgaris vit à Athènes. Cet ancien commandant de bord n’était pas un soutien de Syriza de la première heure. Lors des élections, il a voté pour Telia, un petit parti de centre droit. «Comme moi, beaucoup de Grecs qui n’ont pas voté Syriza sont aujourd’hui derrière le gouvernement pour que le pays sorte enfin de la souffrance sociale». Le retraité se montre prudent. «Bien sûr, les choses n’ont pas encore changé. L’accord avec l’Allemagne, le patron en Europe, n’a pas été finalisé». Les députés allemands ont finalement voté la prolongation des aides ce vendredi. Mais Costis Voulgaris garde espoir. «J’espère que Syriza va tenir ses promesses sur la lutte contre la corruption et l’évasion fiscale. Jusqu’à maintenant, il n’y a rien de concret, mais ils ne sont élus que depuis un mois».

«Les quatre mois de délais, c’est un immense soulagement. Mais le temps file très vite. Nous devons prendre des dispositions pour satisfaire les créanciers et continuer à recevoir des aides. Car sans cet argent, les promesses ne pourront pas être satisfaites».

A-t-il peur de la sortie de la zone Euro? «La faillite est une angoisse permanente. Mais si le Grexit avait lieu, je crois que c’est l’Allemagne qui historiquement sera jugée responsable». 

Marianna Lavda, 50 ans, professeur de philosophie. «Comme prévu, rien n’a changé»

Marianna Lavda est professeur de lettres et de philosophie dans un lycée d’Athènes. Quelques jours avant l’élection, elle se montrait sceptique. «Je ne crois pas qu’il y aura une vraie rupture. Plus Alexis Tsipras se rapproche du pouvoir, et plus je le trouve conservateur», indiquait à 20 Minutes celle qui n’a pas voté depuis 20 ans.

«Comme prévu, rien n’a changé. Comme c’est le cas depuis trois ans, Syriza a trouvé un accord avec l’Europe en donnant l’impression au peuple d’un changement. Ces négociations, c’est de la politique spectacle». La philosophe fait le parallèle avec le «roi nu» d'Hans Christian Andersen, un conte autour des apparences trompeuses. «On fait croire que le roi a des habits nobles alors qu’ils n’existent pas. En réalité, le roi est nu. C’est pareil ici».

Elle reproche à Syriza ses mensonges de campagne. «La vraie question n’a jamais été posée par les dirigeants du parti. Soit vous appliquez l’austérité, soit vous sortez de la zone Euro». Fataliste, elle ajoute. «La propagande fait que les Grecs ont peur de retourner au Drachme. C’est normal, nous produisons très peu. De toute manière, c’est l’Europe qui décidera ou non de notre sortie».

Marianna a peur que les espoirs déçus  ne salissent «l’idée de la gauche, notamment en Espagne».

Stelios Koutelis, musicien, 29 ans. «Laissons à Syriza le temps de tenir ses promesses»

Ce musicien athénien a donné sa voix à Syriza lors des dernières élections. «Je ne le regrette pas pour l’instant. Le gouvernement travaille dans la bonne direction: trouver une solution pour résoudre le problème de la dette même s’il a sacrifié une part de sa philosophie d’origine». Il précise: «Beaucoup de promesses ont été faites pendant la campagne. Certaines ne peuvent pas être mises en œuvre immédiatement. Quand le pays aura montré des signes d’amélioration, les mesures de gauche comme l’augmentation des salaires viendront. Laissons à Syriza le temps de tenir ses promesses».

L’ancien professeur d’anglais ne s’alarme pas sur le compromis trouvé avec les partenaires européens. «Ce n’est pas vraiment un recul. Ce compromis a surtout été un problème au sein du parti». Pour les supporters de Syriza, «l’enthousiasme a évolué en une critique utile et un optimisme calme».

Et la pression mise par l’Allemagne? «Je ne crois pas à une sortie de la zone Euro. La pression allemande est davantage une technique pour sauver les apparences en Europe».