Ukraine: Marioupol, nouvel enjeu stratégique des séparatistes prorusses?

CONFLIT Lundi, les combats entre le pouvoir ukrainien et les séparatistes prorusses se poursuivaient, non loin de la ville de Marioupol…

Nolwenn Leboyer
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Des combattants ukrainiens sur un blindé le 22 février 2015 près d'Artemivsk, dans l'est de l'Ukraine
Des combattants ukrainiens sur un blindé le 22 février 2015 près d'Artemivsk, dans l'est de l'Ukraine — Anatolii Stepanov AFP

Malgré une accalmie, la situation se crispe à nouveau. Depuis dimanche, les combats se poursuivent entre Ukrainiens et prorusses aux alentours de la ville de Marioupol, dans le sud-est de l'Ukraine. Deux soldats ont été tués en 24 heures et dix autres blessés dans l'est de l'Ukraine, a indiqué Kiev. L'exécutif ukrainien a aussi annoncé que vingt chars et pièces d'artillerie russes ainsi qu’une cinquantaine de camions militaires, chargés notamment de munitions, avaient franchi la frontière ukrainienne à destination de Novoazovsk, base rebelle à une trentaine de kilomètres de Marioupol. Après la prise par les séparatistes de Debaltseve la semaine dernière, en dépit d'un cessez-le-feu déclaré le 15 février, beaucoup craignent que Marioupol ne devienne la prochaine cible des rebelles. 20 Minutes vous explique pourquoi.

Un port de commerce stratégique

Dans le bassin du Donbass, Marioupol est la dernière grande métropole encore entre les mains de Kiev. «C’est un port de commerce qui offre une ouverture vers l’international. C’est donc un atout économique important, mais on ne peut pas encore parler de prise de la ville. Les combats sont a priori assez éloignés, et il ne faut pas oublier que l’armée des séparatistes n’est pas une armée régulière. Il me paraît difficile, voire impossible, de prendre une ville de 500 000 habitants aussi facilement», précise Philippe Migault, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Dès janvier, une offensive, menée sur Marioupol par les prorusses, avait causé la mort d’une trentaine de personnes. «Il n’y a rien de surprenant à ce que les séparatistes convoitent Marioupol puisqu’ils souhaitent qu’un statut légal soit institué dans la région du Donbass sur les oblast (régions) de Donetsk et de Lougansk, dont fait partie cette ville.»

Un regain de tension

Dimanche, la situation semblait s’être apaisée. Les deux parties avaient annoncé un accord sur le retrait d'armes lourdes, au lendemain d'un échange massif de prisonniers, deux points inscrits dans les accords de Minsk 2, signés le 12 février. Mais la poursuite des hostilités ce lundi retarde, selon Kiev, le retrait des armes lourdes. Un responsable séparatiste, cité par des médias russes, a de son côté assuré que le cessez-le-feu était «pratiquement respecté» et que les rebelles avaient commencé à retirer leurs armes.

Dimanche, le ministre des Affaires étrangères allemand, Frank-Walter Steinmeier, avait mis en garde contre une avancée des séparatistes sur Marioupol, jugeant qu'elle constituerait une «violation claire des accords» de Minsk. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a promis le début, dès lundi, de consultations en vue de nouvelles sanctions européennes contre Moscou.

Retour souhaitable à la table des négociations

Pour Philippe Migault, les sanctions, notamment économiques, ne sont pas une option. «Pour que cette guerre civile cesse, il faut un retour à la table des négociations. Les accords de Minsk ne sont que le début du processus. Au vu de ses défaites militaires, le pouvoir ukrainien doit admettre que seule la solution politique est envisageable. Il faut redéfinir le statut du bassin du Donbass et ses frontières», conclut l’analyste.

Kiev et les Occidentaux accusent la Russie de soutenir les séparatistes en leur fournissant armes et troupes, alors que Moscou nie toute implication dans ce conflit qui a fait plus de 5.700 morts en dix mois.