Le Nigeria annonce une victoire symbolique sur Boko Haram

Monde Les attaques se sont toutefois poursuivies ce samedi au Niger…

20 Minutes avec AFP

— 

Des policiers nigérians patrouillent à Baga, dans le nord-est du Nigeria, le 30 avril 2013
Des policiers nigérians patrouillent à Baga, dans le nord-est du Nigeria, le 30 avril 2013 — Pius Utomi Ekpei AFP

Un symbole, sans grand effet? Le Nigeria a annoncé ce samedi avoir repris Baga, ville stratégique sur les rives du lac Tchad, victime en janvier d'un massacre sanglant de Boko Haram.

L'attaque de Baga est «la plus grande et la plus destructrice»

«Les troupes ont récupéré Baga cet après-midi après une bataille féroce avec les terroristes. Lourdes pertes. Ratissage en cours. Détails ultérieurement», a écrit l'armée samedi sur son compte Twitter, @defenceinfoNG.

Le porte-parole du ministère nigérian de la Défense, Chris Olukolade a ensuite précisé dans un communiqué qu'«un grand nombre de terroristes se sont noyés dans le lac Tchad» en tentant de fuir les bombardements aériens. L'assaut aurait débuté dès vendredi.

«Beaucoup de terroristes sont morts et un nombre inconnu mais conséquent se sont enfuis, blessés à des degrés divers», a ajouté Chris Olukolade, selon lequel les militaires ont dû neutraliser quelque 1.500 mines lors de leur progression vers Baga, carrefour commercial important dans l'Etat de Borno (nord-est).

Cette déclaration intervient moins d'une semaine après l'annonce par le Nigeria de la reprise de Monguno (60 km de Baga), ville-garnison qui était contrôlée depuis le 25 janvier par Boko Haram. Comme à Monguno, l'armée dit avoir saisi et détruit l'arsenal des rebelles, dont 5 batteries anti-aériennes, 34 motos et 5 véhicules.

Les islamistes s'étaient emparés le 3 janvier de Baga et d'une douzaine de villages alentour. Dans les jours qui avaient suivi, des centaines de civils, voire plus, avaient été massacrés, des maisons incendiées et plusieurs centaines de femmes et d'enfants enlevés.

Selon Amnesty International, l'attaque de Baga est «la plus grande et la plus destructrice» jamais perpétrée par Boko Haram, qui multiplie depuis six ans violences et exactions dans le nord-est du Nigeria et a étendu ses opérations au Cameroun, au Tchad et au Niger.

Pas question pour la France de s'impliquer directement dans le conflit

Cette reconquête symbolique intervient alors que le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius en  effectue une tournée de deux jours au Tchad, au Cameroun et au Niger - voisins francophones du Nigeria qui interviennent désormais militairement contre Boko Haram – pour leur réaffirmer  «la solidarité» de Paris dans cette guerre.

A Yaoundé, le ministre français Laurent Fabius a rappelé que Boko Haram avait pu récupérer un important arsenal de guerre dans les localités tombées sous son contrôle, après la fuite des militaires sur place.

C'est «extrêmement dangereux parce que cette armée dispose de matériel puissant (...) La lutte contre Boko Haram qui se trouve sur leur territoire commence par l'action des autorités du Nigeria», a-t-il asséné.

Le Sud-Est nigérien enregistre depuis deux semaines des assauts du groupe, qui s'en est pris vendredi à Karamga, un village proche du lac Tchad, affrontant des militaires nigériens. Sept soldats, 15 assaillants et un civil ont alors été tués, a annoncé samedi l'armée nigérienne.

De même source, les hommes de Boko Haram ont ensuite voulu entrer en territoire tchadien par le lac Tchad, mais l'aviation tchadienne est intervenue, détruisant leurs cinq pirogues.

Le Nigeria, le Tchad, le Niger, le Cameroun et le Bénin ont annoncé le 7 février qu'ils allaient mobiliser 8.700 hommes dans une force multinationale de lutte contre Boko Haram. Plusieurs milliers de leurs soldats, à l'exception du Bénin, sont déjà déployés sur le terrain, de part et d'autre du lac Tchad.

Les pays du bassin du lac Tchad devraient déposer «fin février» un projet de résolution devant le Conseil de sécurité pour rendre leur force opérationnelle, a affirmé à Yaoundé le ministre camerounais des Relations extérieures, Pierre Moukoko Mbonjo.

La visite de Laurent Fabius est l'occasion d'appeler à un soutien international plus large. Selon lui, il n'est toutefois pas question de s'investir directement dans le conflit: «la France a une amitié traditionnelle avec l'Afrique, nous pouvons aider mais pas faire tout, tout seuls», a-t-il précisé samedi.