«Les incursions d’avions russes sont une provocation délibérée»

INTERVIEW La présence de bombardiers russes dans l’espace aérien européen se multiplie depuis le début de l’année. Bruno Tertrais, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, analyse la situation pour «20 Minutes»…

Propos recueillis par Nolwenn Leboyer

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Photo d'un bombardier russe TU-95 prise le 22 août dans le ciel japonais diffusée par le ministère japonais de la défense.
Photo d'un bombardier russe TU-95 prise le 22 août dans le ciel japonais diffusée par le ministère japonais de la défense. — AFP

Comme un air de Guerre froide… Le ministère de la Défense britannique a confirmé que deux bombardiers russes, qui volaient au large des côtés de la Grande-Bretagne, avaient été escortés, mercredi en fin de journée, par deux appareils de la Royal Air Force (RAF). Lundi, un navire russe avait également été accompagné. Et au début du mois, deux avions de la RAF et un Rafale français étaient intervenus suite à une excursion de deux autres aéronefs en provenance de la Russie. Bruno Tertrais, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, fait le point pour 20 Minutes.

 

Selon l’Otan, l’activité militaire suspecte des Russes a augmenté de 50% dans les airs. Que signifient ces incursions à répétition?

La présence des Russes dans l’espace aérien et maritime de l’Europe a, en effet, atteint un niveau rarement vu, même au temps de la Guerre froide. Les Russes frôlent les espaces nationaux des pays (Grande-Bretagne, France…) et, parfois, ils font des incursions dans l’espace territorial, en violation totale du droit international. C’est une provocation délibérée.

La Russie de Vladimir Poutine cherche-t-elle à faire peur à l’Europe? 

Exactement. Comme toujours, les Russes veulent avant tout impressionner. Mais ces incursions restent troublantes car ils utilisent des bombardiers à capacité nucléaire. C’est un signal très curieux et peu cohérent quand on sait que les Russes disent vouloir développer des relations cordiales avec l’Europe.

Doit-on s’attendre à une escalade des tensions entre les pays de l’Otan et la Russie, à l’heure du conflit ukrainien?

Je ne vois aucun impact direct possible sur la situation en Ukraine suite à ces vols répétés. D’autre part, aucune raison ne peut justifier que l’Otan soit saisi de cette affaire car il n’y a pas d’attaque militaire. En revanche, il est logique que la France et la Grande-Bretagne, en envoyant des avions sur place, cherchent à montrer à la Russie de Vladimir Poutine que ces incursions sont inacceptables. Je n’imagine pas François Hollande se laisser impressionner.