Pourquoi la Libye est cruciale pour l'Europe

GEOPOLITIQUE Ce pays, qui regorge d'hydrocarbures, se vide de sa population qui fuit les islamistes et cherche à rejoindre l'Europe...

Céline Boff

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Vue d'une installation pétrolière en Libye, le 26 février 2011
Vue d'une installation pétrolière en Libye, le 26 février 2011 — Gianluigi Guercia AFP

L’Europe et les autres pays de la coalition internationale, déjà engagés en Syrie et en Irak, vont-ils partir au combat en Libye? L’Egypte le réclame et François Hollande a appelé lundi le Conseil de sécurité de l’ONU à prendre de «nouvelles mesures» contre Daesh, qui s’enracine en Libye. Pourquoi la situation dans ce pays inquiète-t-elle tant l’Union européenne? 20 Minutes fait le point.

A cause de sa proximité géographique

Dans la vidéo mettant en scène la décapitation par des membres de l’EI de 21 Coptes égyptiens, l’un des bourreaux le clame haut et fort: «Avant, nous étions en Syrie. Aujourd’hui, nous sommes sur la terre musulmane de la Libye, au sud de Rome».

Daesh n’a jamais été aussi près du continent européen… Depuis qu’il a pris le pouvoir à Derna, mais aussi à Nofilia et à Syrte, le mouvement est à 350 km seulement des côtes italiennes. Ce dont a bien conscience Paolo Gentiloni, le ministre des Affaires étrangères: «Nous ne pouvons pas accepter une menace terroriste active à quelques heures de navigation». Un point de vue partagé par Alain Rodier, directeur du Centre français de recherche et du renseignement: «Avec l’EI, nous avons affaire à un mouvement très purulent».

A cause de sa capacité à déstabiliser le Maghreb

Si les djihadistes de l’EI ne gagneront pas demain les côtes européennes, ils se déploient déjà en Libye, mais aussi dans le Sinaï et en Tunisie. «Nous sentons vraiment une poussée de Daesh dans ces territoires», s’inquiète Alain Rodier. A ce rythme, c’est tout le Maghreb, mais aussi l’Egypte et les pays d’Afrique noire tels que le Niger, le Mali ou encore le Tchad, qui pourraient passer sous l’influence du groupe Etat islamique.

D’autant plus que, en Libye, l’Occident n’a désormais plus aucune représentation directe. Dimanche, la dernière ambassade –celle d’Italie- a fermé ses portes et rapatrié son personnel.

A cause de ses migrants

Les Libyens sont de plus en plus nombreux à fuir leur pays, où deux gouvernements se disputent le pouvoir -l’un est installé à Tripoli, le second, reconnu par la communauté internationale, à Tobrouk- et où la guerre civile fait rage. Résultat: environ 400 personnes quittent chaque jour la Libye pour rejoindre les côtes italiennes. Cet exode monte en puissance: dimanche, les services de secours italiens ont dû prendre en charge dans la Méditerranée 2.164 Libyens qui fuyaient leur pays.

Si l’Italie absorbe le gros de ces mouvements, les migrants libyens n’y restent pas forcément. Nombre d’entre eux se dirigent ensuite vers l’Allemagne, la Suède et la France.

A cause de son poids économique

En 2013, la Libye s’imposait comme le premier pays d’Afrique du Nord en termes de PIB, comprenez de richesse par habitant (environ 11.500 euros par personne). Le pays est surtout riche de ses hydrocarbures: il est le premier pays africain en termes de réserves de pétrole et le quatrième en termes de réserves de gaz.

D’ailleurs, la France s’y approvisionne: en 2012, 11,2% de ses importations de pétrole provenaient de Libye. Une proportion qui ne cesse de chuter depuis –en valeur, les importations sont passées de 4 milliards d’euros en 2012 à 1,3 milliard sur les neuf premiers mois de 2014. La France exporte aussi en Libye, elle est même son cinquième fournisseur, mais ces échanges sont de plus en plus perturbés: ils ont chuté de presque 70% en 2014 par rapport à 2013.

La situation est encore plus critique pour l’Italie, qui est historiquement très proche de la Libye, puisqu’elle l’avait colonisée entre 1911 et 1947. Ce qui explique aussi pourquoi l’Italie se verrait bien prendre la tête d’une coalition internationale pour partir en guerre contre l’EI en Libye.