Libye: Les quatre conditions à remplir pour une intervention internationale

DECRYPTAGE Le président égyptien souhaite une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies pour une intervention militaire...

B.D.

— 

Un avion de combat égyptien à l'atterrissage le 16 février 2015 dans un lieu indéterminé, de retour de frappes en Libye Lancer le diaporama
Un avion de combat égyptien à l'atterrissage le 16 février 2015 dans un lieu indéterminé, de retour de frappes en Libye — HO Ministère égyptien de la Défense

Au lendemain de bombardements en Libye, le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, souhaite une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies pour une intervention militaire internationale dans ce pays en proie au chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi il y a quatre ans. 20 Minutes dresse la liste des conditions à réunir pour que cette intervention soit couronnée de succès.

Réussir à trouver un consensus

L’Egypte, mais aussi la France, les Émirats arabes unis (EAU), le G5 Sahel et l’Italie sont favorables à une intervention militaire internationale en Libye. Mais, comme en 2011, la communauté internationale est divisée. Le Qatar et la Turquie, qui soutiennent des groupes islamistes libyens selon Le Figaro, sont réticents, tout comme la Ligue Arabe ou l’UE, qui envisage une action commune, mais sans «action militaire». Le Conseil de sécurité de l'ONU, qui doit se réunir mercredi, a choisi lundi de seulement condamner la décapitation de 21 Egyptiens chrétiens par l’EI.

Définir la forme de l'intervention

Comme l’indiquait à 20 Minutes Riadh Sidaoui, directeur du Centre Arabe de Recherches et d’Analyses Politiques et Sociales, la communauté internationale pourrait se contenter «d’appuyer l’armée avec des raids aériens, une fourniture d’armes, un appui logistique...». L'Égypte a d’ailleurs appelé la Coalition qui bombarde l'EI en Syrie et en Irak à «prendre les dispositions nécessaires pour combattre Daesh (...) sur le territoire libyen». Mais, si les bombardements semblent empêcher l’avancée des djihadistes, plusieurs observateurs soulignent qu’une guerre ne se gagne pas dans les airs, mais au sol.

Dans ce cas, l’Italie -déjà candidate pour diriger la une coalition «dans le cadre d'une opération de maintien de la paix encadrée par l'ONU»- s’est dit prête à envoyer des troupes au sol. Sur Twitter, le journaliste David Thomson a de plus souligné que «selon des sources djihadistes de Benghazi, des forces spéciales égyptiennes combattent au sol depuis des mois aux côtés des pro-Haftar», loyales au gouvernement libyen, issu des élections de juin.

Définir les cibles de l'intervention

Les frappes égyptiennes ont visé lundi Derna, à 1.300 kilomètres à l'est de Tripoli, où sont implantés les djihadistes de l’EI, tuant 50 d’entre eux. Mais l’EI serait actif dans sept villes, selon un haut responsable libyen. Le sud du pays, devenu un sanctuaire pour les groupes armés djihadistes, pourrait également être désigné comme cible. La base française en cours d'installation à Madama (Niger), pourrait éventuellement servir à frapper les djihadistes, comme l’avait indiqué début janvier François Hollande.

Trouver une solution politique

Pour être effective, l’intervention militaire doit être couplée à un projet politique, et ainsi éviter de provoquer  le «chaos total» dans le pays, déchiré entre deux Parlements et deux gouvernements rivaux, comme l’expliquait à 20 Minutes Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam). Des démarches sont engagées par l'ONU et son envoyé spécial, Bernardino Leon, pour nouer un dialogue entre les deux parties et tenter régler de la crise politique et sécuritaire, mais, seules de premières discussions «indirectes», ont eu lieu la semaine dernière. Or, selon l'experte de l'International Crisis Group, Claudia Gazzini, «une opération de maintien de la paix est difficile s'il n'y a pas au moins un accord de paix» au préalable. Mais au préalable, «si une nouvelle intervention est décidée en Libye, elle doit être menée intelligemment, ajoute Alain Rodier, directeur du Centre français de recherche et du renseignement. Cela veut dire en consultant d’abord les Libyens, mais aussi les pays qui ont des intérêts directs dans ce conflit: l’Egypte, la Tunisie, l’Algérie, le Mali, le Niger. Ce sont à ces Etats de savoir ce qu’ils veulent et de définir leurs règles».